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L'HERITAGE

Publié le par Bob

L'HERITAGE

Introduction* : « Oui mais bon, quel dommage s'il n'en fait un que tous les quarante ans...»

Maine. Willow Pond. Gene, l'exécrable mamie, est à la tête de ce luxueux camp de pêche au bord du lac. Si elle emploie quelques membres de sa famille, elle décide de tous les réunir. Ça sent le souffre. Faut dire qu'elle risque d'avoir chaud aux miches parce qu'on ressent plus le besoin de l'étrangler (pour récupérer son blé) que de l'enlacer amoureusement. Elle compte sur ses cousins Alicia et Six pour calmer les ardeurs de ses héritiers.

Tu vois, lorsque tu apprends que le Ned n'a sorti qu'un roman en 80 (voir sa bio) qui semble avoir laissé une belle empreinte eh ben tu tiens absolument à faire partie du club de ceux qui fraternisent avec cet auteur. Tu as ainsi comme l'impression de marcher coude à coude avec un mythe et c'est peu commun. Mais pour le suivre, il va falloir que tu t'équipes d'un bateau, d'une canne à pêche, de leurres - nombreux les leurres – et d'une passion quasi mystique de la nature et de la poiscaille. Pour être au top, tu t'achètes un camp sur les bords de l'un des nombreux lacs du Maine. Et pas trop loin de chez toi, une fois installé et tout comme le couple Six et Alicia, tu vas trouver Cedar Lodge. Il appartient à une dénommée Iphigene Seldon. Les touristes y affluent car les guides sont excellents, l'accueil est excellent, le cadre est excellent et même la bouffe y est excel... savoureuse. Neveux, nièce, gendre du duce – petit surnom très aimable – bossent pour elle. Tu vas apprendre bien des choses pas banales sur cette famille. Des rancœurs à la pelle, des magouilles, et même un tombereau de haine. Pourtant, qu'est-ce qu'on est bien à Cedar Lodge, qu'ils disent les pêcheurs fortunés qui y ont élu domicile pour quelques jours. Mais ce soir-là, ils vont déchanter, en chantant à tue-tête pour planquer leur trouille car une tornade s'annonce et pfuit plus de jus. Ils sont dans le noir et ce que va découvrir Six dehors dans le noir va le faire dégobiller.

On a tout de suite une idée de ce qu'il va se passer puisque Gene convoque toute la famille et au fil de l'eau (du lac) on comprend assez vite qu'elle va mal finir cette histoire. Alors que l'on s'imprègne de ce cadre idyllique, les réactions des uns et des autres apportent de l'eau (encore?) à notre moulin – cependant, il est nécessaire de préciser qu'il n'y a pas de moulin près du lac. Oui, avec ces arguments qui finissent par s'empiler, on a plusieurs futurs meurtriers dans notre épuisette. C'est ce que l'on appelle du whodunit, pour faire celui qui est branché. Et pour faire encore plus branché, on précise que cela nous rappelle les romans d'Agatha – pas celle qui fait des bijoux.

Ce qui est terrible - dans le sens de « formidable » et en insistant sur le « r » - dans ce roman, c'est le ton adopté par l'auteur. C'est plein de malice. Oui Ned Crabb et son humour pince-sans-rire (je l'ai casé) nous offre de belles tranches de sourires alors que la tension est quand même maximale. Car ce qui est terrible - dans le sens de « terrible » en insistant sur le « t » - c'est que l'on assiste à des tiraillements, des présumés complots, des morts, des flics à la ramasse, une course poursuite et... j'en passe. Alors que les personnages sont installés là dans ce nid de verdure, c'est un huis-clos que l'auteur leur impose et dont il façonne à merveille le portrait.

Alors que l'auteur distribue savamment les cartes, « Meurtres à Willow Pond » allie avec justesse la fantaisie à l'intrigue. Il est conseillé de se méfier des leurres. Un petit bonheur de roman noir à partager par un auteur que l'on supplie de ne pas nous faire patienter aussi longtemps.

« Meurtres à Willow Pond » ; Edition Gallmeister ; Traduit par Laurent Bury ; Date de parution 11/02/2016 ; 432 pages

Durant 32 ans, Ned Crabb a été rédacteur en chef, journaliste et illustrateur pour le Wall Street Journal, auquel il collabore toujours occasionnellement. En 1978 avait paru aux États-Unis son premier livre, « La bouffe est chouette à Fatchakulla », traduit et publié aux éditions Gallimard. Il vit aujourd’hui avec sa femme Kay à New York et ils passent ensemble la plupart de leurs étés à North Pond, dans le Maine. Ils ont deux filles.

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Jean (jackisbackagain) 02/04/2016 12:30

Hey Bob,
Voilà un bouquin qui devrait tôt ou tard terminer dans mon épuisette. Ta chronique donne envie et n'est-ce pas là l'essentiel d'une chronique ? Amitiés.

Bob 04/04/2016 23:20

C'est une drôle de sensation de se laisser porter comme sur un bateau de pêche au fil de l'eau. Il y a le clapotis, le cadre magnifique et parfois quelques coups de tonnerre. Merci Jean, n'hésite surtout pas ! Amitiés.