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DES FEMMES EN LUTTE

Publié le par Bob

DES FEMMES EN LUTTE

Introduction : Penny a de la peine : « Ça doit être terrible de laisser tomber son ami de toujours, celui qui existait tout d'abord dans ton inconscient puis qui s'agitait sous ta plume, à qui tu as offert des chats, des jam sessions, la vieillesse et pour finir une accablante lassitude. »

Angleterre. Bledwell Vale. Le corps de femme retrouvé dans les fondations d'une maison est celui de Jenny Hardwick. Elle avait disparu et militait du côté des grévistes alors que son époux continuait de bosser. Il se disait que leur couple était vacillant. Catherine Njoroge se voit confier cette affaire par son patron qui s'en débarrasse comme s'il tenait un nid de vipères. Les exactions policières sous le règne de Madame Thatcher n'ont pas toujours été très clean. L'inspectrice va convaincre le vieux Charlie Resnick de la rejoindre dans son équipe.

Si, comme moi, tu découvres le célèbre Charles Resnick alors qu'il fait ses bagages après une belle série de son auteur, sache qu'il ma été vivement conseillé de commencer par le commencement pour suivre l'évolution du personnage. Comme de bien entendu je fais le contraire. Na ! Tant pis pour moi. Et tant mieux puisque j'avais faim de Resnick et que je n'ai pu me résoudre à attendre de me procurer les onze titres précédents. Ceci étant dit, et même si je ne suis pas fiérot de passer pour un arpète, j'ai été conquis par le « métier » de John Harvey, sa parfaite maîtrise de l'intrigue, sa capacité à se débarrasser du superflu, son attachement à créer des personnages qui nous parlent, sa représentation d'une société en proie à de profonds bouleversements. Et puis il y a Charlie.

Le voici de nouveau sur les rails d'une enquête qu'il va accepter comme par défi et parce qu’elle est liée à des événements qu'il a fort bien connus. Cela donne l'occasion à l'auteur d'offrir à Resnick un dernier voyage dans son passé de flic, dans son passé tout court, un travail de mémoire, peut-être une thérapie. Car la souffrance est bien là avec la perte de Lynn, son épouse. Il n'a pour seule compagnie que son chat et ses amis jazzmen. Déterrer Jenny, c'est aussi arracher de cette terre d'autres dépouilles de cette lutte acharnée contre un pouvoir impitoyable. Jenny les avait rejoint, ces manifestants qui hurlaient à l'envi « Jaunes, jaunes !! » - les briseurs de grève. Elle était montée sur les tribunes, elle se rendait aussi à Londres. Mais pourquoi ? Catherine et son équipe cherchent la faille chez les proches, amis, familles et les policiers en charge des affaires à ce moment-là. Ils vont jusqu'à retenir la thèse de cet écrivain qui chassait un serial killer dont la cible était les femmes. Ils ne ménagent pas leurs efforts mais l'enquête piétine.

La structure du récit nous permet de suivre le parcours de Jenny en 1984. Ces incessants allers-retours du présent vers le passé renforcent notre empathie pour ce bout de femme qui trace son chemin - notamment contre la volonté de son époux. On fait rapidement le parallèle avec Catherine. Ses parents tombent de haut quand elle leur annonce son choix d'intégrer la police alors que son cursus lui ouvrait des portes plus prestigieuses. Deux femmes qui prennent leur destin en main, un combat qui le les empêchera pas de connaître la férocité des hommes. Catherine qui est d'origine kényane, « plus noire que noire », n'échappera pas au racisme ambiant. Ainsi l'on suit l'évolution de cette société en total bouleversement à travers ces personnages qui prennent chair et notamment en 1984, période on ne peut plus chaotique - qui a déjà été transposée par d'autres auteurs.

« Ténèbres, ténèbres » est servi par un style très plaisant, marqué par une sobriété et un lyrisme qui met en avant l'humain. La série se termine et même si Charlie Resnick met la clef sous la porte, il reste immortel pour le plus grand plaisir de ses fans. Lisez-le, à n'en pas douter, vous serez vous aussi conquis.

Mention : Peace, c'est pas mal non plus...

« Ténèbres, ténèbres », Editions Payot et Rivages, Rivages/Thriller, parution novembre 2015, 336 pages.

Écrivain britannique, né à Londres le 21 décembre 1938, John Harvey enseigna d'abord l'anglais et de théâtre dans un Lycée jusqu'en 1975, puis la littérature et le cinéma à l'Université de Nottingham de 1980 à 1986, avant de s'investir complètement dans l'écriture. Sa passion pour le polar naît après la lecture d'Elmore Leonard et c'est, naturellement, après avoir produit quelques "pulps" qu'en 1989, il publie son premier roman policier : Cœurs Solitaires. Ainsi naquit Charles Resnick, policier d'origine polonaise de Nottingham. Le succès est au rendez-vous. Son éditeur Tony Lacey lui demande de faire de Resnick son héros récurrent. Une dizaine d'aventures de plus en plus noires suivront.(Polarnoir.fr)

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Jean (jackisbackagain) 02/03/2016 20:22

Bonsoir l'ami Bob,
J'ai découvert John Harvey assez tard avec "Les années perdues" et l'été dernier avec "Les coeurs solitaires". "Les années perdues" m'avait séduit alors que "Les coeurs solitaires", premier opus de la série Resnik comme tu le rappelles m'avaient laissé de marbre. Mais bon sang, ta chronique me donne vachement envie de remonter au combat avec Charlie ! Il ne faut jamais laisser passer une occasion de botter le cul à Thatcher, jamais ! Merci pour ce très beau billet qui je l'espère sera lu par beaucoup. Amitiés.

Bob 02/03/2016 21:28

Salut Jean,
Je n'ai lu que les deux premiers de Peace (toujours pas trouvé le temps pour les autres) et franchement je suis tombé dingue de son écriture. Harvey c'est autre chose, c'est la force tranquille et une humanité qui transpire. Et puis, comme tu le précises, une dérouillée à la dame de fer (jeu de mots nul) ça refile un peu la pêche ! Merci pour tes encouragements ! Amitiés.