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UNE COMPLAINTE DECHIRANTE

Publié le par Bob

UNE COMPLAINTE DECHIRANTE

Introduction : Penny : « Comment la beauté peut-elle être pareillement éclaboussée de noir ? »

Caroline du Sud. Comté d'Oconee, Une gamine est emportée par le courant. Ses parents ne la verront pas remonter. Le père de Ruth Kowalsky trouve une solution pour récupérer son corps alors que des plongeurs locaux n'y sont pas parvenus. Mais Luke Miller veille. Le leader de la cause écolo ne veut pas que l'on touche à sa rivière qui a été classée « sauvage ». Maggie, photographe de presse, retourne dans le patelin voisin qui l'a vu naître, accompagnée du reporter Allen.

Il s'agit du deuxième roman de Ron Rash sorti en 2004 dont le titre original est « Saints of river ». Si l'introduction décrit la noyade et nous agrippe direct par le colback, la tension reste plus que palpable lorsque l'on apprend que Maggie va couvrir ce fait divers alors que les spectres du passé ressurgissent. En effet sa mère décédée, il ne lui reste que celui avec qui le contact a été rompu, son père. C'est dans cette ambiance tendue qu'elle va assister à une passe d'arme insupportable entre Luke, son ancien fiancé, et les parents de la gamine lors de réunions improvisées. Ces derniers vont bénéficier de l'appui de personnalités influentes.

L'auteur prend bien soin de nous faire partager son amour pour ces paysages sublimes, cette rivière maintenue dans son état primitif. Il offre à ces autochtones de faire entendre leurs cris, unis comme un seul homme. De prime abord, cette histoire semble tout à fait improbable et pourtant il s'est appuyé sur un fait divers réel pour cette fiction qui met en perspective la nécessité de plonger sous la surface pour tenter de trouver une réponse. Dans quel camp se situe la vérité si vérité il y a ? Jusqu'où peut-on aller pour défendre ses convictions ? La rédemption est-elle une fin en soi ? Le lecteur est ainsi pris au piège alors que Maggie affirme son soutien à Luke puis que tous les regards se tournent sur elle. Mais les aveux d'Allen, pour lequel elle éprouve des sentiments, vont la tenailler. Les différents événements qui vont s'enchaîner accentuent le trouble qui pèse sur ce récit. On ne peut laisser ainsi la petite Kowalsky dans ce trou d'eau. Alors qu'un deuxième accident se produit, le pasteur prend la parole « Christ est ressuscité pour que tous nous ressuscitions ! A-t-il clamé en brandissant la Bible au dessus de l'eau. […] Faites-le apparaître, Seigneur ! A crié Wallace Eller. Allen s'est penché vers moi – sa main serrait mon bras. Croient-ils vraiment que leurs prières peuvent le ramener à la vie ? Oui, ils le croient. » Maggie, toujours aveuglée par ses certitudes, n'est pas prête à pardonner à son père. « J'ai pensé aux mots que j'avais failli citer à papa. Ce qui peut être dit est déjà mort dans le cœur, répétait souvent Luke. Nietzsche. Je ne croyais pas que ce soit toujours vrai. » D'autre part, l'auteur relève la rapacité de ces hommes politiques et autre promoteur toujours prêts à saisir la moindre occasion pour en obtenir des bénéfices. Cependant, à courir plusieurs lièvres à la fois, cet élément aurait peut-être mérité d'être plus exploité ainsi que plus fouillé le désordre psychologique de la jeune femme. On suit avec attention et curiosité la lutte de Luke, contre-pouvoir intangible en faveur de la protection de l'environnement, qui est la signature de Ron Rash ainsi que le long cheminement de délivrance de Maggie. Le suspense est étayé par l'attente de la révélation qui marquera à jamais ceux qui vont en être les témoins. Je découvre avec ce roman l'écriture de cet auteur dont les œuvres ont souvent été encensées.

De « Le Chant de la Tamassee » se dégage le caractère sacré de la nature – mais si celle-ci est en danger, elle peut également être une menace -, un questionnement sur le poids des convictions et sur la convoitise qui peuvent conduire à accomplir des actes inconcevables, la quête de la rédemption. Ron Rash tisse son récit avec sa fibre poétique et décrit une atmosphère nauséeuse, tendue dans ce cadre idyllique. Une complainte déchirante. Un récit en vert et noir à découvrir le 14 janvier 2016.

Mention : La traductrice Isabelle Reinharez a notamment fait entrer Cormac McCarty dans le catalogue des Editions Actes Sud.

« LE CHANT DE LA TAMASSEE » Seuil Editions - Collection « Cadre vert » -Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez - Parution le 14 janvier 2016 - Collection Cadre vert - 252 pages.

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