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SANS DIGNITE FIXE

Publié le par Bob

SANS DIGNITE FIXE

Introduction : « A la lecture du titre, je me remémorais ma petite canadienne posée dans les dunes de la côte atlantique. C’est un univers bien éloigné de ma vision paradisiaque dans lequel j’ai été transportée. Cruel ! »

Paris. Quai de Valmy. Des tentes estampillées « Médecins du Monde », des SDF, Talula. La jeune révoltée s’est barrée ne supportant plus son environnement petit bourgeois. Elle devient amie avec Samuel Goldberg, un vieux monsieur très érudit. Celui-ci est bastonné et retrouvé dans le coma, sa vie ne tient plus qu’à un fil. Alors que d’autres monstruosités sont perpétrées dans le camp, Talula décide de trouver le coupable en s’attachant les services du « Minotaure », un ex-flic désormais détective privé. Ils vont retrouver Aaron, le fils de Samuel, et le ramener dans la capitale. Mais Talula reçoit des messages forts inquiétants. Plusieurs années plus tôt, l'épouse de Samuel a été égorgée lors d'un périple anthropologique.

Antoine Blocier est un acteur de la vie politique et son engagement se traduit dans ce roman par une vision cauchemardesque de la situation des exclus, diaspora multiculturelle composée de misérables hères pelotonnés dans leurs tentes dont les médias (et quelques célébrités) s'emparent puis délaissent. Au même moment (années 2006-2007) : « Yvan rigolait bien à la lecture des journaux de l'été. Le pouvoir mettait en route une réflexion pour rendre plus draconiennes les conditions d'immigration sur le territoire français. Il était question d'une sorte d'examen de passage où le candidat à l'exil devait prouver sa maîtrise relative de la langue et sa bonne connaissance de l'histoire du pays auquel il voulait attacher son existence. Lui, qui fréquentait nombre de français de souche, pouvait constater les lacunes , par pans entiers, de leur propre histoire nationale. Quant à la langue, il la pratiquait bien mieux que bien des Parisiens... Le gouvernement s'apprêtait-il à extrader les Français qui ne mériteraient pas de l'être? Cette idée le faisait sourire aux anges. »

C'est dans ce contexte que l'on va découvrir plusieurs personnages aux multiples et divers parcours qui néanmoins se retrouvent sur les bords du Canal St Martin où un déchaînement de violence va mettre en péril des membres de cette communauté. Déchaînement... c'est peu dire ! Les actes de barbarie auxquels nous sommes confrontés sont quasiment insupportables. J'ai d'ailleurs failli lâcher le bouquin tant j'étais loin de m'imaginer que ce « Camping Sauvage » serait une histoire de tueur en série avec des ingrédients aussi sordides. L'auteur, avec qui j'ai échangé par messages, a bien voulu me préciser qu'« [il] voulait que la cruauté de la vie des exclus, l'incertitude du lendemain, la violence de la rue se sentent, soient presque palpable... » Alors que tout semble tourner autour de Talula, le centre de gravité se déplace sur Aaron qui est lui-même torturé. Qui peut bien lui en vouloir, à lui ou à son père ? Et pourquoi ? Ce sont les questions que va se poser Tony Berling dit le Minotaure et qui vont l'entraîner avec ses nouveaux amis (Aaron, Talula, Samuel, le père adoptif de Aaron et Nazim, un jeune réfugié dont le frère a été assassiné et... empalé) dans une très lourde enquête privée. Si l'intrigue est solide et les personnages profonds, l'auteur, en fin observateur, s'emploie principalement à exposer le statut des SDF dans notre pays. Et de constater que cette « tribu de nomades », composée de migrants et de français, de salariés et de chômeurs, est finalement semblable à notre société avec ses magouilles et ses jalousies, ses persécutions et sa fraternité portée par l'espoir ou altérée par la perversion. Sans domicile fixe et sans dignité. Il n'en fait pas une tribune pour dénoncer cette problématique qui révèle les failles de notre société, son irresponsabilité, mais assène cependant une réalité quasiment banalisée qui s'expose sous le regard des passants indifférents.

Ainsi, si j'ai fort apprécié le thème développé, le suspense maîtrisé , je reste malgré tout gêné aux entournures par la forme qu'a adopté l'auteur qui, en voulant forcer le trait par une violence effroyable, m'a écarté du contexte initial. Qui a dit que j'étais un peu faiblard ? Cependant, les lecteurs imperturbables trouveront dans « Camping sauvage », je vous l'assure, des sensations extrêmes avec, et ce n'est pas son moindre mérite, matière à réflexion et indignation.

Mention : Ce n'est pas Paris-plage...

« CAMPING SAUVAGE » Antoine Blocier. Editions Horsain. Parution 08/08/2015. Troisième édition. 394 pages. Première édition Krakoen.

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