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CUPIDON ET SA FLECHE EMPOISONNEE

Publié le par Bob

CUPIDON ET SA FLECHE EMPOISONNEE

Introduction : Penny a revendu son téléphone portable et affirme avec un clignement de l’œil droit : « Cocufier, quel vilain verbe. On le reçoit comme un coup de trique, il laisse de sales traces. L'humiliation suprême, bien avant la fessée... non consentie. »

Perpignan. Un meurtre. Celui d'une femme dans une chambre d'hôtel. Elle n'était pas avec son époux, pas seule non plus. C'était dans la journée. Le patron de l'hôtel a vu monter un homme avec un carton sous son bras. Des coups de feu ont été tirés. Le lieutenant Gille Sebag tire la gueule, il est cocu et doit se taper cette affaire qui va remuer bien comme il faut le couteau dans sa plaie ouverte. Son calvaire ne fait que commencer.

Je garde un bon souvenir du « Paradoxe du cerf-volant » et retrouve donc avec plaisir cet auteur qui s'empare ici d'un sujet épineux : la relation adultérine. Aïe, oui ça pique, ça interpelle puisque c'est la première cause de divorce en France. Philippe Georget en rajoute une couche avec cette succession de meurtre, suicide, violence conjugale directement liées à des coucheries illégitimes avec ce flic souvent perspicace dans son boulot qui doit gérer ces affaires alors qu'il est lui-même désemparé par la découverte de la relation amoureuse de Claire, son épouse, avec un collègue. Dans le commissariat de Perpignan, le patron veut du chiffre car ils ne sont pas bons – je vois des lecteurs qui sourient. Aussi, il va lâcher la bride à Gilles Sebag, son protégé, sur ces affaires peut-être liées qui commencent à s'entasser alors qu'elles semblaient réglées d'avance. Un cocu qui se venge ou se défenestre faut pas sortir de St Cirq-La-Popie (superbe petit village lotois, clin d’œil à LN !) pour piger que c’est du classique de chez classique. Par contre, quand il semble qu'un tordu refile des infos aux trompés à des fins plutôt mal intentionnées, ça c'est moins courant. Gilles sombre dans le désespoir avec la bibine et les insomnies comme funestes compagnes puis il mijote (évidemment ?) un triste désir de vengeance. Claire s’excuse, avoue tout, presque tout car toutes les vérités ne seraient que des tortures supplémentaires pour Gilles. Son enquête lui servira de psychanalyse, une thérapie pas forcément habituelle mais il n'a pas le choix.

Comment transcender l'infidélité ? Voilà la question qui court au fil du récit et au rythme des événements qui nous montre un couple en plein désarroi affrontant cette dure réalité. Gilles et Claire, des personnages auxquels on s’attache puisque l’auteur ne les juge pas, il se (et nous) questionne. Comment en sont-ils arrivés là ? Parallèlement, l’intrigue est clairement maîtrisée avec des indices qui ouvrent des voies parfois sans issue. Les collègues policiers et les individus - comme ils disent - mêlés aux affaires d’adultère sont tout à fait ancrés dans le récit, chacun lui apportant une touche un peu plus réaliste, dramatique. S’appuyant sur une chronique policière, l’auteur parvient avec subtilité à composer une belle histoire avec ces nombreux composants tragiques tout en misant sur la fragilité des êtres, sur leurs failles. On ne peut s'empêcher d'éprouver de l’empathie pour les deux personnages principaux tant ils sont liés par leur souffrance amoureuse. La traque du corbeau tient la route avec ses divers épisodes houleux et on sourit lorsque l'un des agents de surveillance de la centaine de caméras qui reluquent la ville et ses habitants affirme que monsieur le maire ne supporte que très peu de ne pouvoir se balader dans les rues sans être observé.

Philippe Georget atteint sa cible avec une pointe de flèche cupidonienne empoisonnée et braque son regard sur l'humain. « Méfaits d'hiver » est un bon roman policier porté par une singulière justesse.

Mention : Avertissement sans frais chers lecteurs et lectrices, en quittant « Méfaits d'hiver » vous allez à coup sûr farfouiller dans le portable de votre moitié... Fut un temps où l'adultère portait le doux nom de fornication.

« MEFAITS D'HIVER » Philippe Georget. Editions Jigal. Parution septembre 2015. 352 pages.

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Jean (jackisbackagain) 05/12/2015 14:39

Merci d'avoir levé mes (petites) appréhensions !

Bob 06/12/2015 19:49

Je ne peux décemment pas laisser les amis dans la détresse...

Jean (jackisbackagain) 02/12/2015 18:30

Bonsoir Bob,
J'ai lu ta chronique, sachant que tu n'en dirais pas trop. Il m'attend bien au chaud celui-là. Ceci dit, tu n'es pas d'un enthousiasme débordant, cela cache-t-il quelque chose ? Amitiés.

Bob 04/12/2015 19:54

Salut Jean,
J'ai vraiment été conquis par l'atmosphère du récit que Georget maîtrise parfaitement. C'est en relisant la chronique une fois édité que je me suis rendu compte que mon avis est en demi-teinte. Je pense que cela est la conséquence d'une certaine morosité ambiante. Tu peux y aller sans problème, c'est du tout bon !