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PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN

Publié le par Bob

PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN

Introduction : « Pobre Alma, Pobre miseria... »

Madrid. Le Poblao. La petite Alma a disparu. Ce n'est pas le premier enfant et probablement pas le dernier. Alors Perro, le père, commet l'irréparable et lance Tirao sur la trace du(ou des) kidnappeurs(s). Deux flics du terrain sont sur l'affaire.

« Tu vois rien, crétin de mes deux.Tu vois le Poblao. Tu vois de la merde. De la boue. Des cartons. De la tôle. De la misère. » Il nous englobe tous en un geste emphatique. « Des misérables. Moi, je cherche pas de drogue dans un bidonville de merde. C'est pas ça que je cherche. Moi, ce que je cherche, c'est une gamine, une petite gamine qui, si ça se trouve, est morte ici, sous tes pieds. »

Parfois tu te dis, pas trop fort pour ne pas réveiller ces âmes dépouillées, que c'est chouette quand même de ne pas passer à côté d'un bon roman qu'un auteur abandonne après y avoir donné le meilleur de lui-même. Et ce qu'il ne sait peut-être pas, c'est que tu le prends comme on te file une vilaine (et interdite) fessée « pour que tu t’en souviennes, sacré garnement ! » Là, tout de suite, on entre dans un univers parallèle fréquenté par une communauté gitane et des immigrés qui n’ont pour seul horizon qu’un Everest d’immondices. Leur territoire se situe dans la banlieue de Madrid. On imagine que pour la bonne société ces gens-là sont un tantinet gênants, n'est-ce pas. Que pour la population qui grouille autour ce ne sont que de vagues créatures effrayantes, mi fange mi-démons qui se shootent, vendent leur corps, pickpockettent. Et pleurent leurs enfants disparus. Où est passée Alma, la petite manouche ? Et les autres ? Il ne va pas lâcher l'affaire Tirao, le robuste gitan, pas plus que O'Hara et Ramos, ces flics qui trempent dedans depuis des plombes et connaissent les ficelles. Si les gosses n'échappent pas aux griffes des petits et grands vautours, on est harponné par la patte de l'auteur. Excepté le léger piétinement du récit, cet Anibal là va te faire vomir du gadjo - celui qui n'est pas gitan - dans un final hallucinant. Cet Anibal là aura au préalable habilement ponctué son récit d'un impitoyable et généreux lyrisme. Cet Anibal là fait aussi parler la lune et un pénis. Anibal Malvar est un magicien.

Mention : Terrible ! (Chronique parue dans L'Indic n°22)

« La ballade des misérables », Éditions Asphalte, Traduit de l'espagnol par Hélène Serrano, Paru en novembre 2014

Anibal Malvar est né en 1964 en Galice. Journaliste de profession, il traite dans ses articles de l'ETA, d'immigration et de trafic de drogue. Naturel donc que tous ces sujets se retrouvent dans La Ballade des Misérables. Il est aussi romancier et écrit en galicien et en castillan.

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Jean (jackisbackagain) 20/10/2015 15:59

Salut Bob,
Formidable chronique qui emporte mon adhésion immédiate, c'est-à dire l'envie de lire ces misérables. Thanks, brother.