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RETRAITE POUR FRANCK ET RETRAIT POUR CALUM

Publié le par Bob

RETRAITE POUR FRANCK ET RETRAIT POUR CALUM

Introduction : « Eh, tu as vu comme il se la joue tranquille le Bob ! Et vas-y que je te fais un papelard deux en un pour rattraper le retard. Sinon, les deux Mackay, hein !, c'est toujours aussi costaud façon caméra à l'épaule et j'ai une question : zigouiller, c'est tromper ? »

Format de chronique inhabituel cette fois-ci avec deux bouquins que j'ai lus dans la foulée et qui font suite à « Il faut tuer Lewis Winter ». Fallait que j'en sache un peu plus sur la parcours de Callum Mc Lean et j'ai été servi. L'écriture de Malcom Mackay est similaire avec des personnages que l'on suit avec autant de curiosité et avec forcément quelques individus qui viennent s'ajouter au tableau... de chasse. Les amateurs de pétarades vont être déçus puisqu'il doit y avoir moins de coups de feu dans ces deux tomes de la trilogie que dans mon quartier quand le voisin tire sur l'unique taupe qui souffle après une veille de plus d'une heure dans la position de l'épagneul à l'arrêt. On est dans le direct live, pas de fioritures inutiles, ça bourlingue pas trop, par contre ça cogite un max au jour le jour, heure par heure, minute par minute. Ainsi l'auteur s'emploie à dévoiler les pensées de chaque personnage et l'on découvre que les métiers d'assassin ou patron d'une PME (Pègre, Manipulation et Exécution) spécialisée dans la vente de substances illicites sont stressants loin des clichés nanas-grosses bagnoles-glandouille. Ils frisent le burn out les pépères. Ah, le commerce ce n'est pas tous les jours une partie de plaisir surtout quand la concurrence se radine ! Faut s'adapter, revoir son service après vente, mobiliser la force de vente et ne pas omettre de déstabiliser avec vigueur l'ennemi. Alors on a cette sensation bizarre de s'associer à ces professionnels de la dope et du flingue qui-ne-sert-qu'une-fois, de leur coller aux basques et de partager le doux frisson du chef qui signe les ordonnances létales, du sous-chef qui organise le binz et du mec qui exécute les ordres et qui, son contrat réalisé, rentre chez lui comme le citoyen lambda. Wow, un putain de job ! Les gars peuvent s'inscrire à Pôle Emploi s'ils perdent le marché, ils vont trouver du boulot illico avec leurs références en béton, le premier RH un peu filou les embauche sur le champ. On retrouve donc MacLean, MacLeod (seulement dans le premier), Jamieson et Young dans ces deux romans noirs et bien serrés. Malcom MacKay instaure une brutale sobriété et une brutalité pas si sobre - parce que les (quelques) morts s'en souviennent encore et que le Milieu ne fait pas non plus dans la dentelle.

Dans « Comment tirer sa révérence » c'est Franck Leod qui tient le premier rôle – il est à craindre que ce soit également le dernier. Jamieson, son ami et patron, va lui refiler un contrat afin de péter les pattes de Shug, son concurrent, qui semble prendre un peu trop d'envergure. Mais Calum, qui soigne encore ses blessures (voir « Il faut tuer Lewis Winter »), va devoir reprendre du service plus tôt que prévu. Impitoyable est ce milieu où les notions d'amitié et de fraternité volent en éclat lorsque les enjeux peuvent mettre en péril la boutique. Encore une fois, on n'hésite pas à faire le lien entre cette organisation mafieuse et notre système socio-économique. On ne badine pas avec le pouvoir et l'argent. La réflexion du futur retraité Franck MacLeod est à ce point saisissante que l'on comprend que pour un tueur à gages envisager la retraite c'est prédire sa mort prochaine. La solitude est son meilleur allié et son pire ennemi. Ce récit décrit la brutalité des décisions et leurs effets et c'est toujours aussi poignant.

« Ne reste que la violence » va mettre un terme à cette trilogie avec notre Calum qui souhaite prendre la tangente. Ce mec, pointilleux et autonome à souhait, a toujours mis en avant sa liberté et il va tenter de mettre en application ses qualités pour décamper. La situation a changé. Jamieson n'avait pas apprécié sa liaison avec une petite copine, qui a fini par se barrer. Calum est désormais totalement dépendant de Jamieson et il parvient à admettre qu'il a franchi une limite en descendant MacLeod. Eh oui mon bon monsieur, un tueur à gages peut avoir des remords ! La glace s'est brisée et pas question de faire une lettre de démission dans le style « Monsieur le directeur, je vous prie de bien vouloir accepter ma démission du poste de travail que j'occupe dans votre entreprise. A ce jour, je ne souhaite plus flinguer des types comme on livre une pizza aussi je me vois dans l'obligation de cesser toutes exécutions que vous pourriez me proposer. Je ne demande aucune indemnité. Je me permets de vous demander de ne pas envisager mon élimination et recevez, monsieur le directeur, mes sincères salutations. » Ce milieu ne supporte pas le désordre et pourtant tout ne fonctionne pas toujours sur des roulettes. Il faut s'adapter ! L'auteur privilégie bien sûr la dimension psychologique en choisissant cette fois-ci la part intime d'un Calum qui se retrouve (enfin) déstabilisé. Les personnages secondaires sont toujours aussi fouillés et dans l'épilogue le climat n'est pas au beau fixe du côté des relations entre Jamieson et Young. La garantie de confiance est sans cesse remise en question chez les truands. Leur égocentrisme est un bouclier. La fin prouvera qu'ils n'ont pas toujours tort. Pas toujours. La fin met un terme à cette trilogie qui confirme l'habileté de Malcolm MacKay pour accaparer le lecteur sans les ridicules singeries que l'on nous ressert parfois jusqu'à ce que la nausée abonde.

« Calum frappe le volant tout en accélérant et en s'éloignant davantage de la ville. Il a provoqué tous ses bouleversements non pas pour son frère mais pour lui-même. Est-il égoïste à ce point ? Il trouve ridicule de se poser la question. »

Avec son style dépouillé et redoutable, cette trilogie à des atouts inédits et se démarque des productions habituelles. Ce n'est pas pour nous déplaire et, disons-le sereinement, elle mérite toute votre attention.

Mention : « Maman, quand je serai grand je veux pas faire pompier mais tueur à gages ! »

« Comment tirer sa révérence » et « Ne reste que la violence » Editions Liana Levi, Date de parution octobre 2013 et 2014, Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzales Battle, 288 et 350 pages.

RETRAITE POUR FRANCK ET RETRAIT POUR CALUM

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