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LES LANCEURS DE MARTEAU

Publié le par Bob

LES LANCEURS DE MARTEAU

Introduction : Penny est émue : « - Eh, t'as vu Bob, il l'a signé son roman et il a même ajouté une autographe : C’est un problème de physique. Bonne lecture !

- On dit UN autographe ma chère…

- Oui, bon d’accord, mais je m'en fiche. Quel auteur brillant et généreux ce Michel !»

Nouvelle-Orléans, Hô-Chi-Minh-Ville, Saproville-sur-Mer. L’ex-détective Victor Boudreaux est contacté par les parents friqués du chanteur français Flaco Moreno retrouvé pendu. Ils sont persuadés qu'il a été assassiné. Leur fils semble avoir pris des contacts pour un business au Vietnam. Frank Boudreaux reprend du service avec son pote Earl Turnbinton pour financer son équipe de jeunes athlètes.

Ce n’est pas mon premier contact avec l’écriture de Michel Embareck puisque je me suis régalé avec ses chroniques de l'ovale « A retardement » parues dans le quotidien Libération. Par contre, je regrette déjà de ne pas avoir eu le plaisir de déguster sa prose policière plus tôt. Parfois je suis d’une de ces négligences qui frisent la couardise. Bah, comme disait l'autre, « Celui qui ne sait rien en sait toujours autant que celui qui n'en sait pas plus que lui. » L'autre, c'est Pierre Dac. C’est bon, la lacune est réparée avec la lecture des quatrièmes aventures du costaud Boudreaux qui se remet tranquillos de son AVC. Cependant le privé a un cœur gros comac puisqu’il cherche du pognon pour ses rejetons lanceurs de marteau. Il va saisir l’occase avec cette affaire, malgré sa décision de stopper son activité, pour laquelle il va devoir faire pas mal de bornes en suivant la trace du « bonnet péruvien chantant » dixit Juan Khoury alias Flaco Moreno. Ce dernier n’est pas blanc comme le manteau des neiges du Kilimandjaro.

Il suffit de s'intéresser au bonhomme en jetant un œil sur sa biographie pour faire le lien avec les thèmes abordés dans ce récit. Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, Michel Embareck façonne donc sa solide ossature avec de la zique, de la corruption, un fait divers et… du sport. La boucle est presque bouclée, presque puisqu’on suppute qu’il a dû bosser pour le Guide du Routard pour nous brosser le portrait de cette Cité du Jazz et de la Délinquance réunis après le passage du cyclone Katrina puis on file vers la capitale et la jungle Viêt. J’aurai signé des deux mains voire des deux moignons pour l’avoir comme prof d’hist. et géo. « Monsieur, on peut rester encore un peu ? Ma copine m’attendra un peu derrière l’église… » Et que dire des réminiscences guerrières de nos deux baroudeurs avec un Boudreaux presque attendri lorsqu'il tient (enfin) une AK47 dans sa poigne. Mais des lieux, une intrigue, des personnages (quel sacré gazier ce Ouveure!), des contextes solidement ancrés ne font pas toujours, comme de bien entendu, un bon roman. Ce n'est pas plus mal si l'auteur a... de la verve. Oui, inspiré, il l’est et cela nous donne quelques (« une pléiade de » me semble finalement plus approprié) scènes truculentes et de répliques succulentes dont voici un échantillon :

« - C'est bizarre ces clébards de rien un peu partout, s'étonna Victor auprès de son compère.

- Parce que les gros chiens, miam-miam ! s’esclaffa La Quoc Khanh en appuyant l'explication d'un geste de gastronomie. Excellent le chien, il donne beaucoup de forces. On en sert aux joueurs de foot avant un match, mais il faut faire attention au dopage.. »

Ou

« De profondes dolines côtoyaient des tertres tarabiscotés, comme si une main invisible y avait tracé un parcours de golf bipolaire. »

Tout le charme, l’équilibre, la force et la dérision contenus dans ce récit sont conditionnés par un tel foisonnement que cela nous amène à penser que Michel Embareck est un auteur gourmand. Et gourmet. De mots qu'il nous concocte avec son art de mitonner. Il y met tous les ingrédients avec toujours ce petit plus inimitable qui fait le goût, la saveur et on en redemande en tendant l'écuelle au maître-queux.

Mention : Des comme ça, on n’en trouve pas tous les matins sous le sabot d’un cheval.

« Personne ne court plus vite qu'une balle », Editions de L'Archipel ; Parution septembre 2015 ; 288 pages.

Né en 1952 dans le Jura, Michel Embareck publie en 1984 un premier roman, Sur la ligne blanche (Autrement), qui reçoit le Poker d’as de l’Année du polar. Par la suite, journaliste dans un quotidien régional, il est en charge des faits divers et de la justice, d’où sa connaissance des rouages policiers et judiciaires. Il est l’auteur de vingt romans, dont Accusez, couchez-vous ! (« Série noire », Gallimard, 2002), La mort fait mal (Archipoche, 2013) et Avis d’obsèques (L’Archipel, 2013).

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