Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LE FOL MECENE

Publié le par Bob

LE FOL MECENE

Introduction : Penny fait des siennes. Message : « Cette fois-ci, je veux un texte à contraintes pour mettre un peu de piment dans les chroniques de Bob. C'est vrai quoi, il se la jouait un peu facile ces derniers temps. Est-ce sa nomination pour le prix du « Meilleur blog polar 2016 » par le Concierge Masqué ? Je lui ai donc imposé d'utiliser cinq mots tirés (au hasard) dans un dictionnaire de mots anciens et peu (ou prou) usités de la langue française. Ils seront marqués par un astérisque. Allez, au taf mon gars Bob ! »

Dex Dunford est plein aux as et branche l'auteur Conner Joyce, qui ne fait plus recette, afin de lui proposer d'écrire un bouquin. Un seul. Un exemplaire unique. Pour lui tout seul. L'offre est accompagnée d'une somme rondelette et de certaines clauses. Malgré l’interdiction, Joyce se confie à Adam Langer, un journaliste écrivain. Dans quel nid de guêpes s'est-il fourré ?

Et si après ça on dit toujours que le métier d'écrivain c'est que du bonheur. Se faire péter la sous-ventrière ou trimbaler leurs silhouettes ocieuses* dans les salons, être assailli par des hordes de fans, avoir toujours la meilleure table dans les cinq toques. Non, non et non ! Demandez un peu à Adam Langer ce qu'il en pense...

Parfois, hésitant, on y met la main et c'est le corps tout entier qui prend une châtaigne. « Fallait pas essayer ! » qu'on nous balance. Le con qui a dit ça avait raison et ce n'est plus un con. Le con, c'est nous. Voici résumé scientifiquement et compendieusement ce roman. [Une info au passage pour les futurs néo-chroniqueurs : ne jamais mettre deux adverbes en -ment dans une phrase et au grand jamais un adverbe totalement inconnu et un tantinet suffisant.] La tentation est trop forte pour Adam Langer. Quand le succès lui échappe, comme cet entomologiste qui, dès potron-jaquet*, chevauche un cheval zain* dans un broué* à couper au couteau et écrase le dernier survivant d'une espèce de scarabée du Mexique qu'il recherchait depuis des lustres, il s'interroge et le vit très mal. Mais cette offre est trop tentante d’autant plus que les arguments de Dexter sont en béton armé. Il cite d’illustres écrivains (Pynchon, Mailer et… Salinger) qui auraient signé. C'est ainsi que Conner Joyce va s'embringuer dans ce qui semble pourtant être une histoire à dormir debout. Un piège diabolique ? Un tacan* d’enfer résonne dans son ciboulot lorsqu’il découvre les intentions du fol mécène.

Choisir le thème de la sphère littéraire et le métier d’écrivain n’est pas aussi fréquent qu’on pourrait le penser dans le large éventail de romans proposés. Un écrivain qui parle d’un écrivain qui écrit sur le métier d’écrivain encore moins. Et un écrivain qui parle d’un écrivain qui écrit sur un écrivain qui parle du métier d’écrivain, ça tape dans la catégorie des inconnus au numéro que vous avez demandé. Quand le personnage journaliste est le narrateur et porte le même nom que l’écrivain du roman, ça se complique encore un peu. C’est que notre auteur semble être un petit canaillou qui use de la facétie pour décoller le papier peint tout beau tout brillant d’un milieu qui, derrière une noble façade, planque de vilaines ficelles. Si Joyce se fait couillonner, que dire de Adam Langer qui devient en quelque sorte son double et complice et va devoir assumer un pseudo statut - être un écrivain reconnu - qu’il rêvait d’endosser avant que les circonstances prennent des proportions inattendues. Si le récit s’emballe sur un rythme de thriller, on assiste néanmoins à des scènes qui vacillent entre la tendresse et les relations d’amitié. Le constat peut être cruel au-delà de la machination diabolique.

Tout à la fois divertissante et tendue, l’intrigue réserve des instants d’émotion forte où l’amour est en suspension et fournit en contrepoint des scènes de violence plus morales que physiques. « Le Contrat Salinger » est une frappante réflexion sur un métier qui faisait fantasmer… avant sa lecture. L’auteur use de malice avec bonne mesure. C’est captivant. A souhait. Disponible depuis le 20 août 2015.

Mention : Autre parenté avec la littérature avec ce Conner JOYCE… sans Ulysse.

*Zain : cheval sans poil blanc. *Tacan : tumulte, bruit. *Ocieux : oisif. *Jaquet : « dès potron-Jaquet » ou « dès potron-minet », tôt. *Broué : brouillard, bruine.

« Le Contrat Salinger », Super 8 Editions ; Traduit de l’anglais (États-Unis) par Émilie Didier ; Parution 20 août 2015 ; 320 pages.

Adam Langer est originaire de la région de Chicago et diplômé du prestigieux Vassar College. Il est l’auteur de six romans dont « Les voleurs de Manhattan ».

Commenter cet article