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PIONCER FERME SOUS LE REGARD DES COCHONS

Publié le par Bob

PIONCER FERME SOUS LE REGARD DES COCHONS

Introduction : « Ah, non ne me parlez pas de femmes battues. C’est insupportable ! A défaut de coup de cœur, que mon cardiologue me déconseille, je propose le coup de défenses de sanglier dans le fondement. Et là, je peux vous dire que vous allez vous en souvenir de ces Battues ! » Je me permets de vous préciser que Penny depuis a lu et apprécié ce roman et adhère désormais à la APMTBTMC (Association pour la Protection des Marcassins Tout Beaux Tout Mignons de la Creuse).

La fille Messenet est de retour dans sa ville de R. après avoir sacrément bourlingué. Sa famille partage avec les Courbier la majorité des terres et des richesses du pays. Rémy Parrot est garde-chasse et a « la moitié droite de son visage noyée dans une coulée de cicatrices et de greffes. » Lorsqu’on retrouve le premier cadavre, que deux tentatives de meurtres sont signalées, que des engins forestiers sont sabotés, qu’un incendie se déclare dans une exploitation il est fort à parier que ça va partir en sucette et que l’on n’est qu’aux prémices d’un sacré bazar.

C’est un pays qui ne ressemble ni à la Louisiane, ni à l’Italie et on ne dirait pas le Sud. Ce terroir se situe dans une contrée plutôt paumée - désertifiée serait plus correct ? - disons le centre de la France, disons la Creuse, comme ça, au pif. La nature y est souverainement rugueuse, les hommes s’y vautrent avec passion, certains tentent de la protéger, d’autres à se l’accaparer. Dans la ville de R. se trouve une gendarmerie avec son chef, Vanberten, un gars pas d’ici, qui tente de gérer les affaires qui s’accumulent comme on distribue les bons points ou les coups de règle sur les doigts. On s’assoit, on répond et voilà. Michèle Messenet et Rémy Parrot sont souvent conviés. Il parait qu’on appelle ça des interrogatoires. Faut dire qu’ils ont des ennuis avec toutes ces histoires de famille, de qui va prendre la plus grosse part du gâteau. Et puis il y a la disparition de ce Philippe, le garde forestier, qui est ami avec les autres d’en haut, les écolos, ceux qui font chier le monde. Il y a ce Jean et ses potes du camp de gitans, ceux qui braconnent un peu, manière. Il y a ce brigadier - comment s’appelle-t-il ? - Marsault, qui fraye avec le fils Courbier. Rémy, lui, a décidé de se planquer sur ses Terres Noires mais il est curieux et ne supporte pas que l’on salisse impunément ses terres. La curiosité est-elle toujours un vilain défaut ? Plus rien ne comptait à part ses Terres Noires et son pote Jeannot. Peut-être aussi Michèle désormais…

Antonin Varenne assemble son récit en mettant bout à bout des déclarations et des confidences, des exactions et en cabriolant d’un personnage à l’autre, d’une période à l’autre sans laisser fléchir une intrigue qui se construit aussi au gré des déplacements des hardes de sangliers, au fil de l’eau, dans le souffle du vent qui joue avec les frondaisons. Si sauvage est la nature, les hommes le sont aussi. Cela ne nous a pas échappé. Et c’est à travers la violence qu’elle va s’exprimer cette bestialité qui semble être le seul recours dans ces parages quand tout a été dit, tout a été tenté, souillé, volé. Parce que la loi, ce sont eux qui la font - pas les képis, tu rigoles ou quoi. Avec ces gens-là on joue à qui perd perd, c'est joué d'avance, battu d'avance. Et puis les rancunes sont tenaces chez les taiseux. Mais parfois tout déraille quand ça va trop vite, quand on est à bout.

« Battues » c'est avant tout un terroir qui s'exprime avec dedans des êtres frustres et des bestioles, des propriétaires terriens et de jolis arbres, des fusils et une terre Noire. L'amour n'y trouve pas trop sa place. Alors on veut, comme Rémi, s'étendre dans l'herbe, s'apaiser et pioncer ferme sous le regard des cochons.

« Il escalada en opposition la faille qui coupait en deux le plus gros des rochers et se percha dessus pour profiter du plus beau panorama de la région. Au sud et à l'est, les Puys encore enneigés. Devant lui, le Plateau, secteur du parc naturel régional qui s'arrêtait sur ce dernier point haut, les Jaumâtres, avant de se transformer en plaines longuement vallonnées au nord et à l'ouest. Les plaines agricoles, le Plateau forestier. Deux territoires. »

C'est mon premier Antonin Varenne. Mon premier de la collection Territori. Sûr que je vais désormais tracer d'autres sillons dans ces parcelles, les parcourir avec bonheur, retrouver ce parfum oublié de la rusticité. C’est une belle découverte que j’ai grand plaisir à partager.

Mention : C'est important : « Les vocalises du sanglier sont au moins de 9, grâce auxquelles ils communiquent et savent se reconnaître. »

« Battues », Editions Ecorce, Collection Territori créée par les éditions Ecorce et la Manufacture de Livres, dirigée par Cyril Herry, Sortie le 5 juin 2015, 280 pages.

Antonin Varenne vit en Creuse. Auteur de Trois mille Chevaux vapeur, chez Albin Michel,
de Le mur, le kabyle et le marin et de Fakirs, chez Viviane Hamy, Battues est son sixième roman.

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