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LA JEUNE FILLE, LA SALE BETE ET LE VILAIN PETIT CONNARD

Publié le par Bob

LA JEUNE FILLE, LA SALE BETE ET LE VILAIN PETIT CONNARD

Introduction : « Hein, comment peut-on imaginer un tel personnage ? C'est un branque ce Jack. Il a dû lire toute la désopilante production de Cioran. Mais j'ai fini par m'y attacher à ce clown triste... Sinon le Laidlaw rugbyman est drôlement beau ! »

Ils sont à sa recherche. Parmi eux, son petit ami qui veut le sauver, le père aidé par la pègre qui veut le flinguer et Jack Laidlaw le trouver pour pas qu'il soit flingué. Il a violé et trucidé une jeune fille et il se planque dans Glascow.

« Laidlaw » est sorti en 1977 et édité en France par Rivages dix ans plus tard, il est réédité – avec la trilogie mais y'en a qui parlent de quadrilogie avec « The big man », que faut-il en penser ? - en 2015 par Payot et Rivages. Ce premier roman met en scène et permet de situer ce sacré bonhomme, l’inspecteur Jack Laidlaw. William McIlvanney est son papa. Avec lui l’Ecosse a trouvé sa référence. Attention, il existe un Liam McIlvanney, c'est son fiston ! Citer son nom (et son prénom) sur les réseaux sociaux provoque des réactions. Ce sont immédiatement des « incomparable » ou autre « formidable », enfin des « able » à foison qui surgissent alors que je découvrais son existence. Subséquemment – comme le scandait le grand Jacques -, le microcéphale du noir en vacances tenta de se planquer sous trois tonnes de sable pas trop fin pelletés par une horde du Club Mickey et se permit de (ou s'autorisa à) lire ce « Laidlaw » si « able » qui, rappelons-le, a dû franchir la Manche à la rame. Non mais... quelle excellente initiative de lui faire prendre l'air. Nous l’avons chopé au vol ainsi que les deux autres de la série.

Parce que créer une atmosphère à la fois délétère et ambiguë grâce à un personnage principal hors du commun, à une immersion totale dans une ville accablée, à l'axe choisi qui s'attache à décrire des sentiments - équivoques les sentiments - et offrir au lecteur un style fracassant « C’était comme si une voiture s’était écrasée, le conducteur était mort et ça, c’était la radio qui continuait de marcher pour lui. », c'est ce qu'arrive à peaufiner notre William.

Voici des arguments qui vont vous convaincre de ne pas passer pour des buses si, décidément, vous êtes complètement chloroformés par le contrecoup d'une canicule qui a, par contre, réveillé le marché de la climatisation réversible.Tout d'abord voici le cadre. L'action se situe dans cette ville de Glasgow des petites gens et des ceusses qui magouillent. La pègre et le prolétariat. On considère donc que l’Écosse en ce temps-là (fin des années 70) ce n'était pas le Pérou. La dégringolade et le chômedu. Tout cela est splendidement rendu. Puis apparaît le personnage principal, Jack Laidlaw. Parfois/souvent, on a une soudaine envie de le baffer. Et pourtant malgré son cynisme et sa suffisance, on devine que ce n'est qu'une carapace. Pourquoi emmerder un gars aussi repoussant et indomptable. Le casse-bonbon dans toute sa splendeur. Son chef et son collègue Milligan vous le diront que c'est le vilain petit connard. Quant à son épouse, elle semble invisible à ses yeux. Cependant, on est prêt à lui accorder le bénéfice du doute car ce type est torturé par un scrupule chronique qui n'est autre que l'une des caractéristiques de sa profonde humanité. Jack est un flic qui fait son job non pas parce que c'est son devoir - comme ses collègues - mais parce qu'une victime mérite qu'on la respecte et parce que l'on doit trouver le coupable afin de connaître les causes de l'assassinat. La victime ne serait-elle pas avant tout victime de son environnement, de ses proches ? Le portrait du père de la jeune fille laisse sans voix. La sale bête. Enfin on est secoué par le style turbulent et les thèmes abordés par McIlvanney qui est un auteur qui ébranle grâce aux relations qu'il crée entre les protagonistes et les impressions qui s'en dégagent. Un auteur qui fait dans l'humour, souvent noir, au énième degré tout en malmenant Son Ecosse et sa société vérolée et en état de délabrement.

« Matt Mason reposa très doucement le Glasgow Herald sur la table. Celui-ci, ainsi que les deux autres journaux, étaient comme des taches sur le bois poli à la teinte foncée, comme autant de souillures sur son mode de vie. « Une jeune fille brutalement assassinéeLa danse de la mort. » « La Bête de Kelvingrove Park. » Avec sa fourchette, il porta un morceau de bacon à sa bouche. Le goût n’en aurait pas été pire s’il avait été rabbin. » Toujours à la page102 « Ici, il n’était pas difficile de croire que lorsque le docteur les prenait par les chevilles et leur tapait sur les fesses, les nouveau-nés ne criaient pas, ils toussotaient poliment. »

Bien sûr l’intrigue, emmaillotée dans cette terrible bestialité et une violence sous-jacente, est bien présente et Jack est un bon professionnel aux méthodes singulières mais ce qui importe le plus à l’auteur c’est de rouvrir des portes qui se referment souvent un peu trop vite afin de tenter de saisir l’insaisissable, de s’interroger et de rejeter les idées reçues. Il le fait avec une telle subtile vigueur que l’on se trouve le cul par-dessus tête, surpris et sans réaction tout d’abord mais il en remet une couche puis une autre et l’effet se produit, engendrant des sensations nouvelles. Un divin élixir euphorisant s’insinue. On est accro, il est trop tard.

En quittant « Laidlaw », on n’attend qu’une chose, celle de le retrouver très vite dans « Les papiers de Tony Veitch » et « Etranges loyautés » - jusqu’où va-t-il nous mener ce bougre de Jack ? Et puis tous les autres…

Mention : Un dernier petit plaisir ? Encore un extrait comme on en trouve tout au long du récit : « Il avait vu ces mains posées sur le fauteuil frapper un homme à le rendre aveugle. Il n’y avait pas eu de regrets. »

« Laidlaw », Editions Payot et Rivages, collection Rivages/Noir, traduit de l’anglais par Jan Dusay, sortie Mai 2015, 320 pages.

Commenter cet article

wollanup 23/08/2015 14:49

Tout bon,l'auteur comme le chroniqueur.

Bob 23/08/2015 19:10

Un excellent roman = (avec du bol) bonne chronique...