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UNE ONG QUASI HUMANITAIRE

Publié le par Bob

UNE ONG QUASI HUMANITAIRE

Introduction : Penny donne son avis sur la couverture : « Mais que vient faire un engin spatial dans cette histoire ? » Autant vous dire que la coquetterie de mon assistante est la cause de cette bourde que je n’ai pas relevée. Et elle a insisté la bougresse : « Les terroristes de Daesh seraient des extraterrestres ? » Sa paire de lunettes reste bien blottie dans son sac depuis le premier jour de son achat…

Nice. Gabin et son équipe de la PJ sont sur un coup. La came semble provenir d’Afghanistan par le biais d’un réseau inattendu. Il décide d’aller à la source alors que des attentats font de nombreux morts en province. Trafics de drogue et terrorisme bossent main dans la main.

J’avais prévu de lire « Une terre pas si sainte », le précédent bouquin de Pierre Pouchairet, et puis patatras ! v’là que ça dingue-dongue dans ma chaumière, c’est le père Jimmy (pas en personne, il a pêche au gros sur le port) qui me fait l’honneur d’alimenter ma bibli IKEA (avec notamment « La Filière afghane ») qui manifeste des signes révélateurs de surcharge non pondérée. De l’enveloppe s’échappe une délicate fragrance d’herbes de Provence qui me rappelle que les merguez sont en train de cramer sur mon barbecue. Puis, en singeant le Maître-blair Grenouille de Suskind, j’avance mon tarin qui se met à frétiller, satisfait qu’il est de reconnaître le parfum des roulées que nous fumions en grattant le Je suis amoureux d'une cigarette d’Higelin (ndlr : tout ceci n’est que pure fiction pour agrémenter la chronique d’une saveur afghane d’antan).

L’auteur n’a eu qu’à se baisser et donc puiser dans ses souvenirs (voir la bio ci-dessous) pour alimenter le(s) thème(s) de son roman et ainsi nous bringuebaler dans des péripéties dont l'écho résonne durement et durablement dans notre actualité. Il parvient à nous immerger direct et sans filet dans une brigade de la PJ niçoise qui est à la pêche aux indices pour remonter à la source d’un trafic de drogue. Dans le flot des événements un imam sort la tête de l’eau puis le lien se crée enfin avec un réseau dont le big chief est un responsable d’une ONG qui a des relations avec l’Afghanistan. Sous couvert d'une coopération avec ce pays, la drogue et les apprentis djihadistes transitent discrètement. Il n’en faut pas plus à Gabin pour rejoindre Pierre, un ancien pote, au pays des talibans. Dès lors, le lecteur est prié de vérifier la présence de son gilet pare-roquettes.

On a la sensation immédiate d’assister à un reportage « En état de guerre » tant l’action est narrée avec un réalisme presque déstabilisant. L’auteur n’y va pas par quatre chemins, ni par trois, ni par deux et ça envoie de l'action qui défile en nous exposant les multiples menaces qui se présentent dans les pas des protagonistes. Ils ne sont pas là pour enfiler des perles et pourtant ces flics du Service de Sécurité Intérieure ont une mission délicate, le cul entre deux chaises. Ils font dans la coopération internationale en protégeant les expatriés, collaborant avec la police et menant des actions pour lutter contre notamment le trafic des opiacés, le terrorisme, l'immigration irrégulière. Mais le regard des autochtones porté sur eux n'est pas celui qu'ils pourraient espérer. On devine un méchant malentendu que Pierre tente d'expliquer à Gabin. Et puis les talibans sont partout, souvent dans les rangs de la police. Alors pour enfin se détendre les bars clandestins ouvrent la nuit pour accueillir après plusieurs contrôles stricts les expatriés qui veulent se taper un gorgeon alcoolisé. L'auteur n'évoque pas les bocsons, ça pourrait faire désordre. On va suivre les deux amis et leurs collègues dans leur traque à l'homme qui va être contrariée par une opération de grande envergure exceptionnelle dans une planque de terroristes. En France, c'est le chaos. Des dizaines de morts et de nombreux blessés sont dénombrés lors des attentats qui ciblent des petits villes de province. L'imam niçois est lié à Al-Quaïda et voit d'un mauvais œil la concurrence de Daesh. C'est un sacré challenge qu'il va devoir relever pour assurer la pérennité de ses magouilles. Un gentil petit boulot, la profession de (la) foi ?

S'il est une évidence que les divers trafics sont liés au terrorisme afin d'alimenter leurs caisses, l'auteur nous met le nez dedans et du coup ça fouette dur. Les naseaux blanchis par la poudre on assiste à cette lutte quasi perdue d'avance. Il est important de préciser que cette fiction est censée se dérouler en 2012 et 2014 alors que la situation politique est branlante, que la donne est en train de changer de main. Et la France est touchée par les frappes djihadistes comme cela fut le cas début 2015. P. Pouchairet évoque cette situation dans la présentation de son roman en précisant que son récit a été écrit avant ces drames et il admet que publier « La filière afghane » fut un cas de conscience.

Les projecteurs sont braqués sur ces hommes (il y a peu de femmes) qui sont donc au cœur de ce roman bouillonnant qui s'attache à nous exposer la complexité de ces enjeux vertigineux. Le lien avec l'actualité ajoute une tension supplémentaire. C'est du costaud...

Mention : Si vous le permettez, je vais quitter mes Rangers.

« La filière afghane», Editions Jigal, Date de parution : Mai 2015, 272 pages.

Pierre POUCHAIRET est né en 1957. Dans une vie précédente, il était commandant de la police nationale, chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles… Il a également été à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure en Afghanistan, pays qu’il a parcouru du nord au sud. Il a passé plus de 4 ans à Kaboul, y a été témoin de nombreux attentats et y a travaillé en étroite collaboration avec les Afghans… Aujourd’hui à la retraite, il vit à Jérusalem. Il a publié en 2013 un livre témoignage Des flics français à Kaboul et Coke d’Azur en 2014. Avec, à chaque fois, cette volonté de mettre au grand jour – et sous la lumière crue du terrain – la réalité brute de notre Histoire contemporaine.

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