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L'EXQUIS SERGE DES KEYS SE MARIE

Publié le par Bob

L'EXQUIS SERGE DES KEYS SE MARIE

Introduction : « Un mec capable de supporter ce qu'il a supporté avec Peggy, moi je dis bravo ! » signé Penny.

Serge Storms a enfin un putain de coup de foudre et se marie dans les Keys, cet archipel floridien où il a pris ses quartiers. Avec son pote Coleman, il retrouve toute sa bande de branleurs au No Name Pub alors qu’une inconnue apparemment angoissée discute au bar avec un gazier. Il semblerait que Big Pine Key soit la destination de personnages douteux. Mais un homme averti en vaut deux : on ne touche pas aux daims miniatures !

Dans « Torpedo Juice » on découvre une autre Floride avec ses cabanes décrépites, ses Mercedes blanches, Plymouth Duster marron, Pontiac Trans Am vert, Buick Riviera 71 qui déboulent, ses ponts mais aussi ses paumés, ses princes du micmac qui font dans la schnouff ou dans les plans immobiliers scabreux, sa « fête foraine de troisième ordre avec sa grue truquée de façon à ce qu'on n'ait aucune chance de choper la minicaméra espion ou le peigne à cran d'arrêt », ses piliers de bar. Dorsey en profite pour désacraliser le « paradis des retraités amerloques » puisque la crise est passée par-là comme un typhon dévastateur avec ses saisies immobilières et qui compte désormais une forte proportion d’afro-américains et d'émigrés hispaniques et cubains, les exclus de la prospérité.

Pénétrer dans un roman de Tim Dorsey s’apparente à un saut à l’élastique que Coleman aurait oublié d’attacher à la rampe. C’est le frisson garanti sans aucune assurance puisque c’est Serge qui a calculé la dimension de l’élastique : beaucoup trop long ! Ce « Torpedo Juice » est mon premier voyage en Floride avec ces deux tabanards et je peux assurer que je ne l’ai pas fait à vide. L’introduction nous met d’entrée au jus, je traduis : « Ici, c’est pas comme ailleurs puisque c’est moi le narrateur qui te le dit ! » Tim Dorsey aurait (pourquoi pas) pu être anesthésiste mais il a choisi l’écriture et c’est tant mieux pour les lecteurs et également pour les opérés qui, au lieu d’un sédatif, auraient inhalé un gaz hilarant avec les dégâts que l’on peut imaginer.

On pourrait se demander si l'auteur ne joue pas avec une mince intrigue pour carburer comme un bon bougre en mettant en scène Serge et Coleman, entourés d'une panoplie de dézingués, qui tentent d'immortaliser leurs conneries en fanfare dans une farandole de quiproquos effarants, de délires suffocants, de dérapages incontrôlés, d'absurdes obnubilations. L'auteur joue avec une mince intrigue. Il suffit de gommer la tonne d'excentricités pliantes (ce n'est pas simple) et l'on voit émerger cette traque entrelacée qui se termine en apothéose. Oui, il y a bien une chasse en cours mais ce n'est pas pour flinguer du daim miniature. Surtout pas. Par contre les morts sont bien morts – on trouve d'ailleurs une ferme aux morts - et pour le coup on peut dire que Serge n'y va pas de main morte.

Alors, une fois calé, on hallucine et on frôle la tachycardie rigolarde dorseyenne, une nouvelle maladie orpheline. Mort de rire. Serge A. Storms (SAS) est probablement l'un des personnages les plus hilarants de la Planète Polar. Ce mec a des pensées aussi profondes qu'un rejeton issu d'un croisement compulsif entre BHL, NKM et JCVD - on dégage s'il vous plaît ! Un grand malade qui se soigne en décimant tous les gros cons qui osent se présenter dans sa sphère intime. Un grand malade qui, lorsqu'il pose un pied à terre, peut tout aussi bien ne pas poser l'autre pour faire un pas. Un grand malade qui cogite, monsieur, qui cogite. Quant à Coleman, il a dû s'envoyer tout ce qui peut exister sur le marché - voire avec ses propres trouvailles - comme saloperies pour se mettre le cervelet façon vomissure de mou de chat mâché. Aussitôt, il se comporte comme le ratatiné mental qu'il est. Il fait d'horrible bourdes...

" - Je voudrais visiter le bordel.

- Ce n'est plus un bordel.

- Je ferai appel à mon imagination."

C'est du Dorsey, un feu d'artifice de couillonnades tiré par des fous furieux dans la foule, parce que c'est plus drôle comme ça, avec du polar dedans...

Mention : Une bombe !!

« Torpedo Juice », Rivages/Thriller, Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean PÊCHEUX, Paru en : Juin 2015.

Tim Dorsey a été reporter au Tampa Tribune durant une douzaine d’années avant de devenir auteur de romans noirs, ceci expliquant probablement cela. Il réside toujours en Floride malgré le portrait ravageur qu’il en fait dans Florida Roadkill, Hammerhead Ranch Motel et Orange Crush tous publiés chez Rivages.

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wollanup 25/06/2015 22:46

Un conquis de plus et qui le montre de belle manière.Je m'y colle bientôt aussi.J'attends les vacances.

Bob 25/06/2015 23:19

Je songe à me soigner because plus c'est absurde plus je me régale. A ton tour !