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YOUPLA BOUM

Publié le par Bob

YOUPLA BOUM

Introduction : « Elle est tout bonnement incroyable cette Élise ! » Penny a le fou rire depuis la lecture de cette aventure. Ainsi, pour ne pas la contrarier et tenter de retrouver un sourire commak, je me suis mis illico à feuilleter un bon San A.(Un os dans la noce). « Pour commencer la galoche galvaudeuse, hein ? Et puis les mains au guidon, non ? Le débouclage futalien, pour continuer. Puis le dégagement de la salle des fêtes. La mise en place de ton jeu de croquet à arceaux, pas vrai ? Avec, en enchaîné direct le trombone ascendant. Exactement comme moi, mon grand. »

Élise baigne dans le bonheur. Elle est l’héroïne d’un film présenté au Festival de Cannes et membre du jury Jeunes Talents. C’est le Tooop ! Champagne à gogo, petits fours et stars. Yvette, sa dame de compagnie, batifole et tous ceux qui gravitent autour d’elle semblent atteints de ronchonnite aiguë. Mais une cavalcade de meurtres vient perturber cet étalage bling-bling. Le flair d’Élise – un sens qu’elle n’a pas perdu puisqu’il est nécessaire de rappeler qu’elle est aveugle, muette et tétraplégique - de détective va être mis à rude épreuve. Et c’est l’infortuné capitaine Isidore qui tente de se dépêtrer de cet infâme merdier.

Le ton est donné dans la quatrième de couverture lorsqu’on nous annonce qu’Élise se déplace avec « son fauteuil aérodynamique à turbo intégré ». On a bien pigé que le sérieux ne sera pas de mise et qu’on va se zigouiller les zygomatiques. Perso je m’en délecte d’avance, c'est une nourriture dont je suis friand. Paraît que les fans sont fol dingues de Brigitte Aubert – « La Mort des bois » a obtenu le Grand prix de littérature policière en 97 - et vont donc se jeter sur ce dernier roman (parution le 7 mai 2015) pour retrouver Élise comme une volée de bimbos survoltées sur Jorge Cloné, le sosie de George à la Foire au gras de Puymirol(47).

Si, tout comme moi, vous n’avez pas encore été en contact avec le style de l’auteur, je vous préviens illico on est dans la farce et l’autodérision à fond les gamelles avec jeux de mots servis à toutes les sauces et pantalonnades en veux-tu en voilà. On assiste donc aux ébats d’une foultitude de personnages qui virent et voltent dans l’enceinte du Palais du Festival de Cannes et dans les nombreuses sauteries offertes à ceusses qui ont le sésame. Ainsi l’auteur taille au scalpel des portraits de festivaliers qui gravitent autour d’Élise et exhibent leur suffisance et leur bêtise. Un étalage de gogos qui donne envie de balancer des rafales de AK47 au jugé. Nous sommes autrement émus d’apercevoir tous ces curieux qui attendent des heures entières en équilibre sur des escabeaux avec leur 24X36 avec zoom de 300 pour enfin mitrailler le sein gauche d’Angelina Joli – seulement le sein gauche parce que l’autre con l’a bousculé pour lui passer devant. Et puis il y a les organisateurs, plus speedés qu’eux tu meurs. Faut dire qu’ils ont du beau monde à gérer, le gratin du gratin, le must, des qui pètent dans la soie et qu’en plus ça sent la rose.

Du suspense je n’ai retenu que les atermoiements et les supputations du flic et les oreilles grandes ouvertes d’Élise qui lui permettent de tirer ses conclusions dans une course effrénée avec la surprise de connaître les surprenants coupables. Oui, on s’étonne toujours de cette infirme tressautant sur son fauteuil au cœur de ce maelstrom et livrant ses émotions. Une fois digéré ce elle est marrante cette nana tout le reste n’est pas si important et tombe à l’eau.

Il semble que l’auteur s’amuse à propulser ses personnages dans l’arène dans un brouhaha infernal, une agitation continue afin de décocher ses vannes à la vitesse grand V qui font parfois mouche et parfois/souvent pas du tout. Trop, c’est trop. Youpla boum tagada tsoin tsoin ! On est également submergé par cette profusion d’événements, de ribambelle de quidams qui se croisent et se recroisent, qui blablatent, qui draguent, qui… jusqu’à la nausée. Qui est qui, qui fait quoi ? On rit jaune et attend la délivrance de cette pochade pour faire un ouf salvateur. On sait que l’humour est difficile à partager. Ce qui aurait pu être un amusement léger et récréatif se transforme en boulet que l’on traîne avec peine et agacement. Le lecteur amateur de distraction et de bons mots sur fond de soi-disant enquête menée tambour battant sera dans ses petits souliers. Certains auront le plaisir de retrouver Élise et sa gouvernante.

Mention : J’ai dû me lever du pied gauche.

« La mort au Festival de Cannes » », Editions Seuil, Collection : Policiers, Date de parution 07/05/2015 , 272 pages

Née en 1956 à Cannes, Brigitte Aubert a développé son goût pour le polar dans la pénombre du cinéma familial. Parmi ses nombreux romans publiés au Seuil et traduits dans plus de vingt pays, on retiendra Les Quatre Fils du Dr March, La Mort des bois, Transfixions (adapté au cinéma sous le titre Mauvais Genres), Funérarium... Elle est la reine du thriller à humour grinçant.

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