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PAPA, OU T'ES ?

Publié le par Bob

PAPA, OU T'ES ?

Introduction : Accoudée au comptoir Penny lance : « J'aime beaucoup cette larme de père sur la couverture. Mais je crains cependant l'arme du fils... » Parfois je l'adore ma Penny. Nous n'étions pas bien loin de penser que cette larme serait bientôt teintée de pourpre...

Colorado. Denver. San Luis Valley. Mesa. Cabanon. C'est pas trop le top niveau de la forme pour Patterson mais Sancho le clebs veille sur lui. C'est ce cancer qui s'est implanté dans son ciboulot depuis le décès de Justin qui le bouffe tout entier et ce n'est pas avec son boulot que ça va arranger le truc. Alors il biberonne. Faut bien passer le temps. Son ami Henry crèche pas loin mais c'est avec son fils Junior, passeur de schnouff et plutôt du genre à chercher les embrouilles, qu'ils vont faire le coup de poing.

Je n'ai pas pu résister à l'appel du Whitmer tant je fus émoustillé par son Pike. J'avoue que j'attendais beaucoup de son second bouquin et... t'attends un peu parce que j'ai des choses à dire.

[…] Il gratte Sancho entre les omoplates. Sancho se tient là debout, massif, et Patterson sait que c'est parce que son chien sent que c'est comme ça qu'il a besoin de lui. Appuyé à Sancho, Patterson parvient presque à se convaincre qu'au moins il ne commettra pas la seule chose qui pourrait rendre tout cela plus dur pour Laney. Presque.[...]

Whitmer installe à nouveau ses personnages dans une région brisée par la conjoncture et ses effets délétères. Un chien, une bicoque paumée et son exil. Voilà ce qu'il reste à Patterson. Des poussières de vie. Alors sur un coup de tête - comme on se laisse attirer par cette loupiote qui vacille au loin - il se barre sur les routes avec Junior. Et c'est ce corps qui s'agite désespérément, ce Patterson qui refoule son fiel avec un Junior en mal de vivre, en mal d'amour, en quête de conscience, de nulle part. Lui aussi ne parvient pas à assumer son rôle de père, tout comme son père avec lui. Comment peut-on haïr ainsi son propre géniteur ? Comme dans « Pike », son précédent roman, le récit repose en partie sur ce questionnement de la relation père/fils. Papa, où t'es ?

Encore une fois, ce sont les femmes qui semblent être les seules à garder le contrôle, à sortir la tête de la fange. Mères victimes, elles s'efforcent à garder le lien en maintenant un semblant d'humanité et de douceur dans cet univers douloureux.

Comme il sait si bien le faire, l'auteur ponctue son récit de pirouettes poétiques et l'agrémente de quelques passages désopilants - qui servent d’échappatoire – avec ce Brother Joe, animateur radio, qui déclame à longueur d'antenne ses théories du complot.

Tout le talent de Whitmer se situe dans la représentation de ses personnages avec cette empathie qui nous les rend attachants malgré la violence qu'ils génèrent et le désespoir ambiant. Avec son style toujours aussi tranchant et enivrant, il compose une tragédie moderne qui égratigne le désordre de cette société ricaine. Toutefois l'espoir est-il encore permis ?

Avec « Cry father » et son rythme moins échevelé mais avec autant de sauvagerie que son « Pike », Whitmer rajoute une belle couche à son savoir-faire d'auteur de noir. Mais jusqu'où s'arrêtera-t-il ?

Mention : Lire sa longue interview chez K-libre

« Cry father», Éditions Gallmeister, collection Néonoir, date de parution : 26-03-2015, traduit par Jacques Mailhos , 320 pages.

Benjamin Whitmer est né en 1972 et a grandi dans le Sud de l'Ohio et au Nord de l'État de New York. Il a publié des articles et des récits dans divers magazines et anthologies avant que ne soit publié son premier roman, Pike, en 2010. Il vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe la plus grande partie de son temps libre en quête d'histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver.

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