Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LES COPAINS D'ABORD

Publié le par Bob

LES COPAINS D'ABORD

Introduction : Penny a décidé de vivre en communauté. Sur un coup de tête, dit-elle. Étrangement elle n'a pas de bosse mais ça l'a déphasée complet. Sa future tribu va axer son projet de vie sur la bioénergie. Son unité de travail sera orientée sur l'édition de polars bio. J'ai failli m'étrangler de rire quand elle m'a annoncé le titre de leur premier bouquin. « Les Chakras de l'assassin aux mocassins verts qui ne voulait pas tuer ».

Paname. Paul est photographe. Il est désemparé car il vient de perdre une partie de ses amis. Tous zigouillés. L'un d'eux par balles lors d'un casse pour lequel Paul était partie prenante puis pour les autres dans les jours qui suivent ce sera par empoisonnement, par écrabouillage contre la cabine d'un métro, par un pistolet d'abattage et par de multiples coups de poignard. Pour cette belle panoplie de meurtres ce sont des vers de Verlaine ou de Rimbaud qui parviennent aux oreilles des victimes comme un leitmotiv maléfique. Au même moment, une dame s'immole dans un HP (Hôpital Psy) et murmure... Un arbre, par-dessus le toit... Berce sa palme . Paul malgré sa trouille veut en savoir plus. Il est également agressé. Quel est le lien ?

La rébellion. Voici ce qui transpire de ce récit qui évoque tour à tour la Commune de Paris (avec l'engagement des deux poètes), les communautés anars, les manifs et au bout du bout la révolte d'Arthur et sa sœur. Même s'il le souhaitait, l'auteur ne pourrait nous cacher son tempérament de rebelle, ses aspirations égalitaristes. Et c'est un bien agréable roman qu'il nous livre en nous contant le désarroi de Paul, son narrateur, qui va se retrouver face aux démons qui vont émerger d'un passé qui lui semblait être consommé. Très habilement il convie la poésie avec l'intrusion de ces vers meurtriers mais aussi dans les méandres de son style qui navigue entre la description à grand renfort de métaphores ou de comparaisons teintées de musicalité et de nostalgie et qui s'avère plus incisif dans des dialogues bien serrés comme un bon café turc pris sur une terrasse dans le quartier de Ménilmontant. Car Gilles Verdet est aussi un fana de Paname. La capitale, malgré la vague d'assassinats, est toujours mise en lumière. Paul y déambule dans sa quête. Il va trouver le réconfort auprès d'une fliquette qui passait par-là et de Marianne, l'épouse éplorée de son pote Simon. Des relations troublantes que l'auteur parvient à rendre crédibles tout comme cette aide inespérée d'un fin lettré qui a publié un bouquin sur les plis. L'humour qui se dégage de leurs échanges est à pisser de rire. Il est impossible de ne pas s'arrêter sur cette amitié qui lie les hommes et les femmes dans ce roman. Les potes, les copains d'abord, les aminches sont au cœur de cette histoire. On se prend à envier cette folle fraternité qui, au demeurant, sera la cause de tous ces méfaits.

Mais la vengeance est en route et c'est en république d'Oudmourtie, à Ijevsk, que va s'achever cette aventure. L'auteur trouve encore le moyen de nous surprendre en évoquant Mikhaïl Kalachnikov – il est mort dans cette ville et un musée a été érigé tout à sa gloire.

Si Gilles Verdet continue ainsi à nous promener dans Paris,son jardin secret, à nous offrir toutes les nuances de son écriture, à établir le contact avec des faits marquants de notre Histoire, à donner vie à des personnages émouvants, à broder adroitement du roman noir, je veux bien faire un bout de chemin avec lui...

Mention : « Non ce n’était pas une bonne idée, D'aller braquer ce bijoutier, Simon est mort moi j'suis paumé, Moi je suis paumé... »

« Voici le temps des assassins », Éditions Jigal, Date de parution Février 2015, 232 pages.

Gilles Verdet est né le 21 juillet 1952 à Ménilmontant et a vécu une partie de son enfance dans la banlieue nord. Des études classiques chez les bons pères oratoriens ont favorisé son penchant naturel pour l’hédonisme. Père de famille à vingt ans, rêveur mais volontaire, il est rentré très tôt dans la vie active et a exercé nombres d’activités diverses – brancardier, disquaire, photographe, marchand de bière et whisky, dialoguiste pour la télé, co-auteur de documentaire… – avant de se consacrer pleinement à l’écriture. Il a publié il y a quelque années Une arrière-saison en enfer à la Série Noire Gallimard, Larmes Blanches chez Buchet Chastel et La Sieste des hippocampes aux Éditions du Rocher. Il vit, dort et écrit désormais au-dessus du périphérique parisien, le cerceau noir de sa poésie urbaine…

Commenter cet article