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BONJOUR TRISTESSE

Publié le par Bob

BONJOUR TRISTESSE

Introduction : Je ne vous livrerai pas les pensées de Penny, nous sommes fâchés. Je n'ai pas envie d'en parler. Hum... Enfin, elle est quand même insupportable - Madame a une sainte horreur des losers, Madame veut des héros balafrés, Madame promène son cul sur les remparts de Varsovie... hum... on connaît la chanson. Je lui ai annoncé que si elle ne révisait pas son opinion sur ce roman, je révélerai son penchant pour un certain roman à nuances graveleuses dont je tairai le nom.

A trente balais, il est commissaire de police à Naples. Malinconico, c'est son nom... Il aurait aussi bien pu s’appeler Nostalgico, Anxiolytico ou Cafardo. Faut dire que son passé de gaucho et son actuelle situation professionnelle entrent en collision et lui filent le mouron. Il renifle un truc pas très clair pour sa première affaire à traiter alors qu'il enquête sur la mafia. Rispoli, romancier, a décrit dans son bouquin une scène qui est une réplique exacte de l’accident qui a causé sa propre mort. Alors qu’il flashe sur Micaela, la veuve, le flic se persuade qu’il s’agit d’un meurtre. Mais sa direction l’envoie péter au Mexique pour suivre la trace d’un parrain de la Camorra. Il fait suivre dans sa valoche le roman de Rispoli.

Une non-enquête, une autre avortée avec un commissaire en apparence qui ne se sent bien que dans son pieu, qui traîne la savate, qui supporte de moins en moins Lidia sa gonzesse, qui déambule dans les rues de Naples, qui atterrit sur une île mexicaine on ne peut moins paradisiaque où il fait un temps de merde, où il rencontre deux flics du coin qui semblent se foutre de sa gueule puis il rentre pour découvrir qu’il s’est fait arnaquer et finit enfin à éprouver un semblant d'excitation par la grâce (des informations) de Micaela.

Avec Malinconico on tient un sacré client pour les Maîtres des affalés du divan. La psychanalyse n'a pas encore trouvé la faille pour s'attaquer à un pareil gazier. Et moi, chez Freud, je n'ai bossé que « Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient » en Terminale A. Ce type est un phénomène. Un anachorète assoupi au faciès keatonien et au regard de chien battu, perdu et sans collier qui aurait quelques pulsions érotiques et la poisse d'un Gaston Lagaffe. Faut le supporter pendant 150 pages mais c'est si bon. Si bon de marcher sous la pluie napolitaine, de se prendre un ouragan mexicain dans la tronche, de découvrir que « les boulangeries n'étaient même pas ouvertes, en supposant qu'il en ait existé » puis résigné de se faire cirer les pompes. Oui, c'est l'histoire d'un mec. Pour lui on peut avoir de l'empathie, de la tristesse ou un rien de « il me les casse ». J'ai été parfaitement acquis à sa (non)cause. Ce Monsieur Hulot statufié m'a filé la pêche. De l'histoire, on ne retient que peu de choses si ce n'est une histoire de malfrats qui fricotent avec le Pouvoir. Et finalement, on s'en fout un peu. En spectateur, on préfère se régaler en devinant les réactions de ses interlocuteurs. « Avant la bataille » ne peut pas vous laisser indifférent.

Bruno Arpaia est un petit chenapan. Avec ce très court roman il a excité mes papilles et j'ai bien envie de remettre le couvert avec d'autres aventures.

Mention : Long roman ou courte nouvelle ?

« Avant la bataille », Éditions Liana Levi, traduit de l’italien par Fanchita Gonzalez Batlle, 05-02-2015 , 150 pages.

Bruno Arpaia est né en 1957 à Ottaviano, dans la province de Naples, et vit à Milan. Traducteur des grands noms de la littérature espagnole et latino-américaine, conseiller éditorial et journaliste, il est l’auteur de plusieurs romans et essais, dont Dernière Frontière et Du temps perdu (2002 et 2003, Éditions Liana Levi). Avec ce dernier roman, Avant la bataille (2015), il retrouve Naples, la ville qu’il a quittée sans vraiment la quitter.

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