Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A MOI, COMTE, DEUX MOTS !

Publié le par Bob

A MOI, COMTE, DEUX MOTS !

Introduction : « J'ai toujours rêvé de vivre sur une péniche. En contact permanent avec la nature, je pourrais étancher ma soif de lire en matant les poissons-chats et les ragondins. Tu vois j'ai des goûts simples, un canal, pas de voisin, un roman. » Il fallait bien que Penny me fasse ses grands airs et une allusion au sujet du bouquin que j'étais en train de finir. « Et puis quoi, pas la peine de faire ton grognon de base. C'est mon dernier désir, je trouverai enfin l'amour et ce sera une histoire magnifique qui finira bien... comme dans ton roman ! » J'ai immédiatement songé que je le lui prêterai d'ici peu.

Ils ont fui la ville et les méfaits du matérialisme. Monsieur et madame Martin et leur fils vivent isolés dans une écluse qu'ils ont retapé. Un monsieur Martin aménage dans une écluse proche de la leur. A partir de ce jour-là, la vie de cette famille va tangiblement changer.

« Dernier désir » débute avec cette sensation de partager une gentille balade bucolique avec un gentil couple et un gentil garçon. Mina est guide dans le château voisin et Jonathan bricole. Ils semblent couler une vie paisible bercée par le temps qui passe au bord de ce canal. Cependant l'auteur va les placer face à ce qu'ils ont décidé de quitter (conjointement?) avec la ferme intention de ne jamais se retourner. Fissa la société de consommation ! Ainsi il va mettre en scène ce voisin aux allures de bourgeois qui va entrer dans leur existence et qui semble vouloir démanteler tout ce qu'ils ont bâti. Est-ce que les soupçons de Jonathan ne sont pas que des relents de jalousie ? Est-il en train de péter un câble ? Pourquoi pas puisque Vladimir est ma foi séduisant, a un port altier et est bourré de fric. La famille Martin va profiter de ses offrandes. Mais n'est-il pas troublant que, par une soi-disant amitié, il se procure à l'identique tout ce dont possède le couple. Et c'est machinalement que les rouages vont cliqueter voilant un douteux bruit de succion et le murmure d'un vent de folie.

Qui est donc ce Vladimir Martin ? Peut-être ne le saura-t-on jamais... Et je ne donnerai aucun indice (à part le titre, eh, eh !) concernant ce personnage – c'est quand même pas trop duraille à trouver – non plus sur les conséquences de sa présence sur le couple Martin. Je vais pas faire tout le boulot. L'auteur aborde deux sujets de réflexion dont celui du rejet de la surconsommation, étroitement liée à la mondialisation, qui semble être l'un de ses courants de pensée. Ainsi c'est Vladimir qui en est l'incarnation dans ce roman. Est également mise en avant la relation de couple avec ses difficultés à gérer une situation qu'ils subissent mais dont ils sont à l'origine. Quoi qu'il en soit, le Mal rôde...

Le style de Olivier Bordaçarre permet à cette histoire de prendre une dimension étonnante. D'une délicate romance cette histoire vire vers le noir total. Il met face à face la description statique de Vladimir et la description dynamique des Martin. L'Observateur et l'Observé. C'est dans ce contexte que l'auteur parvient à provoquer une forme de sujétion sur le lecteur, il l'étreint lentement, habilement jusqu'à la suffocation avec des dialogues calibrés et une narration à la fois lumineuse et réaliste. « Dernier désir » m'a bluffé.

Mention : Quand à Jonathan et Mina, tu les retrouveras dans une autre toile de fond sous le nom de Haker.

« Dernier désir », Éditions Fayard, 03/01/2014, 288 pages.

Né en 1966, Olivier Bordaçarre est comédien, metteur en scène et formateur depuis 1992. En 2000, il crée la compagnie Le Théâtre de L'Olivier et écrit ses propres créations. Depuis 2006, il est l'auteur, chez Fayard, de Géométrie variable (2006), Régime sec (2008), La France tranquille (2011) et de Dernier désir (2014). Il anime également des ateliers d'écriture et de théâtre pour tous les publics

Commenter cet article