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HONNI SOIT QUI MALIBU

Publié le par Bob

HONNI SOIT QUI MALIBU

« Un jour j’ai sorti un livre et c’était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. » Penny venait de me citer Bukowski qui parlait de John Fante, le père de Dan. « Je suis au regret de te dire que je n'ai jamais lu un seul John Fante. » ai-je repris, le nez plongeant subitement dans mon verre de jaune. Elle répliqua « Vois-tu Bob, je pensais le plus grand bien de toi mais j'ai un zona naissant et il n'est pas prêt de disparaître. » Sur ce, à défaut de John, j'ai entrepris le Dan.

JD déteste les keufs, c’est une grande gueule et il ne supporte pas qu’on lui grimpe sur les pompes. Après avoir quitté son job de privé sur New York, après avoir été scénariste et vendeur de bagnoles pour friqués, il rentre chez lui à Point Dume (in L.A.) pour vendre des bagnoles d’occase pistonné par Woody. Quand il décide de donner une leçon à la fille en Porsche jaune faut avouer qu’il aurait mieux fait d’aller s’enfiler une bonbonne de Gin. Son pote vendeur de caisses, il va le retrouver bien clampsé et dans un sale état.

Le narrateur, c’est JD Fiorella. Et ça attaque sec, à la première personne. Nonobstant le prologue qui se déroule à Mauthausen, j'ai tout de suite ressenti un petit picotement du côté de ma nuque - signe particulier d'une excitation de mon thalamus. J'allais bien me marrer avec ce foutu JD. Tu vois, c'est le genre de personnage qui fait pas dans la demi-mesure. Il avance le mec, avec ses certitudes, ses réunions aux AA (Alcooliques Anonymes), sa vieille bagnole pourrie empruntée à maman chieuse comme pas deux, ses trois ronds en poche et son vert langage. Oui mais c'est un cabochard poissard. La conjonction de ces deux particularités n’est pas forcément – comment dire – constructive. Tout ce qu'il touche se transforme en emmerdes généralisées. En fait il avance mais avec les deux pieds dans la bouse. Et la nénette qu'il va retrouver sur sa route, c'est une sacrée cinglée. Alors, je te dis pas quand son géniteur, encore plus taré, s'occupe de son cas. Non, non et non, l’auteur ne se contente pas d’aligner de la barbaque sanguinolente et un héros plutôt tabanard. Voyons de plus près Karl Franck, producteur de renommée à Hollywood, le personnage le plus rebutant de cette abominable histoire. Son existence n’a pas vraiment bien débuté puisque tout jeunot il a été l’assistant d’un médecin nazi. La vache ! Cela augure un développement psychique quelque peu désordonné. N’est-ce pas ? Ben voilà, la fifille a bénéficié de ses largesses diaboliques. Tudieu !

Dan Fante emprunte ici la voie royale du plus c'est direct plus c'est mieux. Une fois sur les rails pas question de descendre du train en marche. E pericoloso sporgersi ! De quoi te filer des vapeurs. C'est cru, croustillant et dégoûtant à la fois. Une mixture qui va te soulever l'estomac et... les zygomatiques. Déconseillé aux j'ai le petit doigt levé quand j’examine ce roman noir avec ma bouffarde fumante devant un feu de cheminée électrique avec mon épagneul au regard de biche sur les charentaises. On sourit, on rit jaune, on ne rit plus du tout. On eh ben, on pfffou, on non c’est pas possible, on vomit. Observer les méticuleuses méthodes d’éventration, c’est pas mon sport favori, j’avoue, j’ai marqué le pas. Mais c’est surtout cette escalade de la violence, engendrée par un geste anodin et servie par la démence qui fout le bourdon. De la naissance de la psychose aux répercussions qu’elle génère. « Ouvrez les vasistas, ça surchauffe chez Bob ! » Encore une fois c’est de pouvoir dont il s’agit. Celui de Karl qui irradie sur Hollywood et que l’auteur se plaît à tordre puisqu’il a frayé (tout comme son père) dans cet univers impitoya-a-ble. Celui de ces petits patrons de mes deux – ici dans la vente automobile - dont le pouvoir ne se limite pas à être seulement bêtes car ils peuvent aussi être méchants.

J’ai vraiment beaucoup apprécié le début puis je me suis mis en position de riposte quand ça éviscérait. Je suppose que Dan Fante a consciemment forcé le trait pour dénoncer d’une part la mégalomanie hollywoodienne et d’autre part le vice des petits chefs sans oublier la perception très personnelle de KD sur les AA. Point Dume ? Point Gore ! T'y vas, t'y vas pas ?

Mention : Musique à écouter : « Les Garçons Bouchers ». Le titre de ma chronique est emprunté à un roman de l'excellent Philippe GARNIER.

«Point Dume» Editions Seuil Policiers - 16/10/2014 - 336 pages

Dan Fante est né en 1944 à Los Angeles, Dan Fante est le fils de John Fante, auteur culte américain d'origine italienne. A 45 ans, il a commencé à écrire des textes inspirés par son expérience de l'alcoolisme et autres traumatismes. L'essentiel de son œuvre (romans autobiographiques, poèmes, pièces de théâtre et mémoires) est publié par 13e Note. Il vit à Los Angeles avec son épouse Ayrin, son fils Michelangelo Giovanni et son bouledogue anglais.

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Claude LE NOCHER 14/12/2014 08:03

Salut Bob
Un des douze titres de ma sélection des meilleurs de l'année 2014. Amitiés.

Bob 15/12/2014 18:45

Salut et merci pour ta visite
Hormis les séquences gore (pourtant je suis un viandard) qui, je l'ai bien compris, donnent tout leurs sens aux thèmes développés, j'ai été embarqué dans ce tourbillon diabolique avec JD le double de Dan.