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UN CIMETERRE AMBULANT

Publié le par Bob

UN CIMETERRE AMBULANT

La couverture est soignée, immaculée. Point de POLAR ou de THRILLER placardé mais un ROMAN dans la collection « INTRIGUES ». Le titre (forcément) bancal est en lettres de sang et un cimeterre - mais est-ce bien un cimeterre ? Je donne ma langue au Shah... - semble annoncer la couleur. Hep, les aminches, l’auteur vous offre une escapade clopin-clopante moyen-orientale !

Le commandant Falier se tape, en guise de cadeau de fin de carrière, un dossier serial killeresque. Il va appeler à la rescousse le professeur Bareuil, expert en crimes rituels, et Jeanne, son ancienne élève, car celui qui se fait appeler Le Prince - la Machette pour la flicaille qui fait plus dans l’outillage que dans le sang bleu - fait joujou en équarrissant des femmes sous les yeux de leur fils. Jeanne et Bareuil ont eu des démêlés dans le passé, un individu rôde, Falier ne maîtrise pas trop la situation. Comment retrouver ce cimeterre ambulant ?

Comme pour tout thriller qui se respecte, évoquer un tant soi peu son histoire revient à en révéler les ressorts. Ayant une éthique en béton armé et considérant que je ne peux m’octroyer le droit de disconvenir avec ce principe quelles qu’en soient les raisons - hormis le soudoiement, faut pas non plus déconner -, je te prie de bien vouloir te contenter du résumé ci-dessus qui se suffit à lui-même. Aussi, je vais prendre grand soin de mon analyse technique de la chose lue. Si la composition dans son ensemble offre un panorama quasi cohérent dont le thème de la vengeance est le berceau, malheureusement de nombreuses incongruités ont été les pierres d’achoppement de ma lecture. Oui, j’ai buté. Voyons ces coïncidences - bidouillages de l’auteur pour arriver à ses fins - ou autres sophismes - je rappelle que l’auteur est aussi philosophe et que l’emploi du mot sophisme n’est autre qu’une fanfaronnade pour me mettre en valeur - de plus près. Et si t’es pas d’accord, tu m’arrêtes et me conspues. Le Prince assassine des mères dont le fils a 7 ans. Jeanne a bien entendu un fils de 7 ans. En planque, Savant - quel joli nom ! -, le journaliste, alpague le trimard qui a tout vu et a aussi causé avec le Prince qui lui a fait de folles confidences. Confidences que Savant va confier à Jeanne qui ne se fera pas prier pour faire le lien avec ses propres découvertes. Ça c’est du bol ou je n’y connais rien. Mais c’est surtout dans les incohérences que la tisane ne passe pas. Imagine un commandant de police qui met en place un piège avec un appât du genre féminin pour choper l’assassin et qui, sous la menace, doit tout stopper. « On se disperse ! » lance-t-il. Et le flic de courser en solo le gazier et la donzelle pour finalement... les perdre. Son patron n’a pas du tout du tout apprécié cette facétie. Je ne voudrais pas être inconvenant en indiquant ce malaise qui m’a envahi lorsque Paul prend l’étrange décision de transporter chez lui le flic « avec un petit trou dans le crâne » trouvé devant sa porte et qui déclare « J’ai d’abord pensé que ce n’était pas grand-chose. » Insolite également, le clodo qui cause comme un prof de littérature. Et que dire de ces deux flics qui retrouve une femme kidnappée dans les caves qui dit « J’ai envie de faire pipi. » et eux de rire en la sortant du réduit. Ce ne sont que quelques exemples, mais ils ont suffi à mettre à rude épreuve ma laborieuse servilité de chroniqueur.

Depuis que j’ai ouvert mes premiers romans noirs et notamment les thrillers avec tueur en série, je découvre cette marotte qu’ont les auteurs actuels à faire dans la surenchère de la barbaque, du rituel et de la Grande Histoire. Autant te le susurrer tout de suite : « Ce n’est pas ma pitance favorite. » Je ne dis pas que j’exècre ce mouvement qui ne fait pas forcément avancer la littérature noire mais faut vraiment tenter de me convaincre soit en taillant une bavette avec un mandarin en charcutage avec au choix un docteur en IML, la boucherie Sanzot ou Hannibal Lecter, soit avec un style d’écriture hors-norme comme le remarquable D. Peace. C’est ainsi que l’on plonge dans la potasse de la magie noire, des monomanies avec carte de visite de l’assassin. Et puis, on s’infiltre parfois dans des temples très anciens où des manuscrits encore plus anciens sortent de leur séculaire sommeil. Ces appâts amorcent - ou ces amorces appâtent, c’est toi qui choisis... - le lecteur dans ce qu’il a de moins impénétrable, son appétit pour la lecture loisir. Et j’ai des noms, je peux t’en citer des qui-sont-dans-le-classement-des-meilleures-ventes.

« L’insigne du boiteux » bascule dans ce registre. Thierry Berlanda, on le devine, a consciencieusement peaufiné la filiation de son meurtrier en déployant les apparats de la légende liée à une malédiction - j’ai bossé sur le sujet comme un damné. C’est tentant, reconnaissons-le. Cependant, il est surtout question de castration, notion hautement psychanalytique, qui prend ses racines dans le passé du meurtrier. Et ça fait mal. Le style, parfois redondant, s’apparente peut-être à une exaltation mal maîtrisée de l’auteur qui est, je le rappelle, philosophe et auteur-compositeur. Ainsi, je ne peux nier son tenace bachotage, son sympathique dévouement à la cause du thriller, sa légitime tentative de gestion d’une intrigue. Malheureusement, ce roman boite bas et peut se lire d’une traite avec des béquilles. Les personnages s’affichent en caricatures de leurs caricatures. Bareuil, l’expert, est boursouflé de suffisance, Falier, le commandant, bête comme ses pieds, Savant, le journaliste, précède ses scoops, Le Prince, au langage plus précieux que Stéphane Bern. L’action prime et je n’ai pas trouvé grand-chose d’autre à me mettre sous la dent. Mais si c’est ton fucking dada...

Ce ne sont pas avec de généreuses intentions qu’un claudicant peut battre le record du monde du 100 m. Si tu penses pouvoir le faire, cours-y vite, chez ton fourgueur.

Mention : « Autant me convaincre de bouffer des vers à soie pour pondre une écharpe en cachemire. » me lança, un soir de pleine lune, mon amie Penny. J’en ai profité pour vider mon verre de scotch en lâchant « Pour ce bon mot, tu mérites le plus beau des insignes... »

Titre : « L'Insigne du Boiteux» ; Collection Intrigues ; Éditions La Bourdonnaye ; Parution : février 2014 ; 272 pages.

Thierry Berlanda est écrivain, philosophe, auteur-compositeur et conférencier. Ses romans explorent des genres très différents. L’Insigne du Boiteux est le premier qui paraît aux éditions La Bourdonnaye.

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blʌd 29/10/2014 10:04

Salut Bob, m'est avis que certains doivent déjà (ou vont) regretter les notations... Message reçu 5/5. Bye. blʌd

Bob 29/10/2014 17:26

Je me tâte, gars bl^d. Ca pourrait revenir avec fracas. Au plaisir de te lire... A plus !

Edouard Brasey 27/10/2014 22:00

Pourriez-vous me traduire ce commentaire fort savoureux en lipogramme à la Perec? Je vous laisse le choix de la lettre volée...

Bob 28/10/2014 18:59

Il s'avère que j'ai beaucoup trainé dans la rue dans ma jeunesse et que j'en ai profité pour côtoyer nombre de gitans, clodos, prolos, voleurs, etc. Je maîtrise pas trop mal l'argot, le langage gitan et autres patois des rues. Ce sont des langues vivantes, mouvantes, colorées qui expriment les saveurs et le désespoir. Et puis je suis tombé de haut en lisant "Le voyage" de qui vous savez. Je devais m'inscrire dans un club oulipien mais décidément j'ai gardé raison car je n'aime pas les maths...

La Petite Souris 15/10/2014 22:15

j'ai du avoir du nez pour avoir décliné la sympathique invitation de l'auteur à lire son roman. je n'en avais ni l'envie ( la quatrième de couv ne m'avait pas emballé !) ni le temps ( et ho faut pas pousser quand même, quand tu as " mort ou rouge" qui te tend les pages tu n'hésites pas une seconde! t'es pas d’accord? ) .

La Petite Souris 16/10/2014 19:31

enfoiré va ;)

Bob 16/10/2014 15:04

Eh l'autre qui se met à lire des bouquins de foot ! Je te passe la bio de Basile Boli quand tu veux...