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PSYCHO KILLER, QU’EST-CE QUE C’EST ?

Publié le par Bob

PSYCHO KILLER, QU’EST-CE QUE C’EST ?

Ca te le fait aussi à toi de ne pas pouvoir sortir d’une histoire, de rester en apnée dans un confort extatique après avoir connu l’excellence. Aussi, tu as dû également souffrir en t’attaquant au suivant malgré ses apparentes qualités. On ne devrait pas lire de chefs d’œuvre avant « Un fantôme dans la tête » qui est un tour de magie sanglant, tendance foutraque. On ne devrait pas lire de chefs d’œuvre.

Marco est flic. Son divorce l’avait déjà pas mal tourneboulé et la découverte du cadavre de cette gamine va lui taper sérieux sur le système. Sans déconner, il va se prendre pour un super-héros de comics. Suicide-Man. Fallait l’inventer. Mais v’là que Jésus est descendu de sa croix, un gourou qui gouroute - du verbe « Gourouter » : Attirer des gogos pour les envoûter et notamment des jeunes femmes pour les en...vouter aussi ! Plus connu sous le nom de Ismaël, ami de la préfète, il a donné le lieu du massacre à la police et affirme pouvoir les guider pour retrouver le serial killer. Marco et son fantôme vont se taper une piste cahoteuse qui va les mener, non sans accrocs et situations ubuesques, vers de futures victimes.

Alain Gagnol a déjà pondu quelques polars chez différents éditeurs et je ne sais s’ils sont tout aussi déjantés que celui-ci, c’est à vérifier. Je suis allé de surprises en surprises en avançant au pas de course dans cette histoire au classique formatage des thrillers avec tueur en série et enquête. Cependant - ce cependant est lourd de conséquences avec roulement de tambour et tout le toutim - les personnages virent dans la caricature et se débattent dans des contextes totalement parodiques qu’un amateur de Mel Brooks ne renierait pas. Explication. Accroche-toi pour ce balayage de la galerie de portrait des protagonistes. Ismaël, gourou très séduisant, est médium à ses heures et sosie de Jésus. Joanna, sa copine, est naturiste, adepte de close-combat et accessoirement mythomane. Simenon, c’est son chien. Marco, plus névrosé tu meurs, porte un tee-shirt de Superman, est plus gaffeur que Gaston et tchatche sur son site « Suicide Man » avec « Desperate Schoolgirl ». Cette dernière a 17 ans et va crécher chez Marco car son père n’en veut pas à la maison. Le chef de Marco ne peut pas le blairer au point de souhaiter sa mort. Le Commissaire de Marco est l’incarnation du Commissaire Gibert dans le film Taxi. Sa femme, Caro, est plus teigneuse que Cruella d'Enfer. Et sa fille Chloé, 16 balais, veut prendre la pilule. Ouf ! Tu piges un peu mieux désormais ? Quant aux situations, elles se bousculent en prenant la forme de pastiches dans une poursuite en bagnoles à fond de cale où Marco se fait emplafonner méchamment, avec une évasion « légendaire » d’un bureau de la police où le détenu arrache le tuyau du chauffage central parce qu’il se souvenait qu’un autre détenu l’avait déjà fait et - tiens, je la garde pour la fin - la tuerie finale avec Simenon et son tison dans le bec.

Avec tous ses tuyaux, même en vrac, tu dois déjà te sentir au cœur du magma et soit tu me files des baffes lors de notre incertaine prochaine rencontre, soit tu m’envoies un tonneau de Glenmorangie.

Donc, je n’avais pas senti venir le truc de la contrefaçon burlesque et j’ai un peu surnagé au début me demandant si on m’avait refilé du Xanax dans mon Buzet - ou peut-être était-ce le spectre du fantôme de Marco qui me traversait de part en part. Et puis, j’ai pris mes repères et je me suis finalement pas mal détendu. Quand tu visionnes un dépeçage humain pour ensuite, d’un saut de puce, te retrouver yeux dans les yeux avec Marty Feldman, c’est chaud ! Et c’est là que le bât peut blesser. Difficile d’allier l’horreur au comique, l’émotion à la bouffonnerie. Aussi, j’en suis resté sur une impression étrange car l’auteur ne s’en sort pas si mal grâce à son souci de creuser la psychologie des personnages. Mais certaines tentatives d’effets humoristiques m’ont semblé inappropriées voire gênantes. « Comme pour les trois précédentes filles, le type s’était acharné sur elle. On récoltait un beau spécimen de tueur psychopathe. Psycho killer, qu’est-ce que c’est ?, demandaient les Talking Heads. » (Page 1). Un déséquilibre qui peut créer un blocage et qui ressemble à une facétie d’auteur qui s’amuse bien. C’est ce que j’ai ressenti et donc tu le vois, je tâtonne encore entre le bon et le moins bon. Mais « Un fantôme dans la tête » a, je n’en doute pas, un lectorat potentiel.

Note : à partir de cette chronique, je supprime les notes. Je t’en expliquerai un de ces jours la raison.

Mention : J’allais omettre de te parler du psy de Marco qui profite des séances pour se documenter sur les super-héros de Marvel Comics et qui, ainsi, ne s’intéresse plus du tout des souffrances de son patient.

Titre : « Un fantôme dans la tête » ; Collection Rives Noires ; Le Passeur Editeur ; Parution : 02/10/14 ; 360 pages.

Alain Gagnol a réalisé plusieurs films d’animation, dont Une vie de chat nommé aux Césars et aux Oscars 2012. Il est également auteur de livres jeunesse et de polars dans la Série noire dont certains ont été adaptés au cinéma.

Commenter cet article

Claude LE NOCHER 06/10/2014 17:52

Bonjour Bob
Un polar qui fait l'unanimité, de façon parfaitement méritée, ça devient une denrée rare !
Amitiés.

Bob 08/10/2014 20:48

Salut Claude, c'est un plaisir de t'avoir dans mon home. Je précise tout de même qu'il y a malgré un p'tit machin truc chouette qui me gène...

blʌdʒən 05/10/2014 12:09

Salut Bob, bien noté. Euh pardon : bien reçu.
Victime de pressions pour les notes ? Un numéro d'urgence le 00 352 * ** ** ** ** **
Bye
blʌd

bob 05/10/2014 12:50

En effet, un complot s'est abattu sur mon groin. J'en ai eu la queue toute tirebouchonnée. Je te remercie vivement de compatir avec ton numéro de tél. On m'a conseillé de me réfugier dans les caves de St Emilion.