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MICTION IMPOSSIBLE

Publié le par Bob

MICTION IMPOSSIBLE

Faut pas me prendre pour une buse. Je me connecte sur FB, deux ou trois commentaires, une vanne pour asticoter l’auteur et puis hop ! me v’là bien embêté car en possession, dans ma boite mail, de plusieurs ePubs. Je n’ai pas de liseuse, suis papivore (mais je ne bouffe pas les vioques). Bon, d’accord, j’avoue que je l’avais un peu cherché. Ma curiosité maladive m’avait conduit dans les grolles de Thomas Fiera. Ce type fait feu des quatre pieds. Et je n’étais pas resté insensible aux effluves de ses nougats. Alors, j’ai ouvert le dossier et j’ai fait de la résistance en oubliant les frictions de mes becs de perroquet. Bien m’en a pris...

Quand un DRH - je n’sais pas pourquoi j’ai soudainement un besoin pressant - passe un coup de fil à Thomas Fiera, celui-ci a comme qui dirait une grande fatigue qui s’abat sur lui. Il aurait pu murmurer « Il me les casse menu. » mais il l’écoute délivrer ses informations et finit par accepter. Y’a un bidule qui cloche. L’un des cadres de sa boite bancaire harcèlerait son jeune collègue. Il va sonder le vieux soi-disant tarabusteur - sans approfondir jusqu’à la prostate - puis guetter le minus. Le détective renifle une embrouille qui va le mener vers une saleté sans nom.

C’est une novela - l’équivalent de 63 pages imprimées, qu’il dit l’éditeur - que j’ai décidé de me taper entre le fromage et le dessert. Le dessert étant une glace, j’ai bouffé une crème glacée. Tout d’abord, j’ai fait la connaissance de Fiera. L’auteur en a fait son personnage récurrent que l’on retrouve dans plusieurs de ces polars. Pour tout te dire, et j’en mets ma main au tison, c’est son fac-similé qu’il utilise avec les armes de la fiction (en savoir plus sur Fiera : http://mourirenaout.pressbooks.com/chapter/a-propos-de-lauteur/) pour secouer le cocotier des relations humaines (Léo Malet, sort de ce corps..!). Toutefois, sache qu’il n’est plus tout jeune, que c’est un fin lettré, ancien universitaire, qui a dû se reconvertir dans les enquêtes privées. S’il a perdu ses illusions, il peut aussi tomber amoureux ou ruer dans les brancards si on l’emmerde trop. L’auteur s’est offert un personnage sur mesure, un gazier qui aurait la jugeote, la verve et la subversion de Burma. Ainsi, tu vas aussi reconnaître l’empreinte des quelques auteurs de romans noirs qui manient les mots d’esprit à merveille. Et ce n’est pas fait pour me déplaire.

Venons-en aux faits. D’accord, le DRH pue le putois à cent bornes. Et Fiera a les sens en éveil. Il va piger rapidos que le vieux cadre est vieux, cadre et qu’il n’en a plus rien à foutre de ses clients de merde mais peut-être un peu moins des exploits commerciaux du petiot. Seul hic, il avait défendu l’un de ses collaborateurs une quinzaine d’années plus tôt. L’œil inquisiteur de l’enquêteur va virer, comme un caméléon, pour se fixer sur le jeune homme. On ne va pas la lui faire au Thomas. Et ce qu’il va découvrir va le mettre dans un état pas possible, je te dis pas.

Il ne faut pas déroger aux codes de la nouvelle. Il est donc nécessaire de réduire le nombre de personnages à sa portion congrue, de ne pas multiplier les lieux, les situations et il faut se ménager une fin explosive. J’ai un peu tiqué sur cette dernière avec la venue de son amie Adélaïde qui va finir, avec force conviction, le boulot. Mais j’ai apprécié cette écriture habile, truculente et néanmoins non dénuée de lucidité.

Un vilain jeu de mots pourrait me faire dire que Ferrero c’est « tout le plaisir d’une explosion de sensations à chaque bouchée. » A cela il faut ajouter que ça décanille pas mal du côté des thèmes abordés puisqu’il attaque de front les conséquences de la gestion répressive des relations humaines en entreprise, le désordre mental causé par l’abus de pouvoir. Bref, c’est du pain béni pour Fiera... que je retrouverai certainement avec plaisir dans pas longtemps.

Un extrait pour te faire regretter de ne pas avoir fait sa connaissance plus tôt : « Je commençais sérieusement à envisager de me fabriquer un calbute en peau de chat quand on toqua à mon huis avec un enthousiasme qui évoquait une descente de la Gestapo. M’étant répandu pour aller ouvrir, je me trouvai confronté à un petit homme nerveux dont les yeux marquaient onze heures un quart et qui en dépit d’un gabarit de crevette anémiée irradiait une énergie peu commune. Un vrai petit Tchernobyl portatif ce gars-là ! »

Note : 3,5/5

Mention : Un bouquet de fleurs dans une chambre d’hôpital.

« Harcèlement » Editions Numeriklivres, ebook, 939 KB, date de parution : 20 septembre 2013.

Jean-Baptiste FERRERO a publié plusieurs romans dont le personnage principal est Thomas Fiera.

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