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GARCON, UN TRIPLE SEC !

Publié le par Bob

GARCON, UN TRIPLE SEC !

Sûr que tu connais cette sensation qui te file des fourmis dans les gambettes, qui fait grimper ton adrénaline comme si tu découvrais un putain de coffret de lingots dans les fondations de la ferme de ta feu mère-grand qui n’avait aucune confiance en l’Ecureuil et surtout pas sa langue dans sa poche. Elle disait d’ailleurs « qu’il n’y a que les glands qui se font baiser. Milo Diou ! » Ainsi, tu fais partie de ces nombreuses personnes qui, dès qu’elles se trouvent au pied d’un obstacle, ne songent qu’à le franchir. Et plus il est haut, plus elles ont envie d’aller voir ce qu’il se passe derrière.

Il y a cette frontière. D’un côté le Mexique et de l’autre les Etats-Unis. Tijuana et San Diego. Licenciado Méndez et Valentin Pescatore. Ce dernier, patrouilleur amerloque au bon cœur, se retrouve embringué dans une mission pour le FBI. Méndez, chef mexicain du groupe officieux Diogène, veut casser du mafioso. C’est à la Triple Frontière, centre névralgique des narcotrafiquants, que les dés seront jetés.

Pas simple de gérer ce no man’s land où les pauvres Mexicanos tentent leur chance pour atteindre leur paradis (perdu ?). C’est pas coton non plus de se taper tous les fumiers de la drogue qui s’ébattent dans cette contrée de mierda. Un désordre qui fait l’affaire des dodus sans cœur, sans loi et sans interdits. Ceux qui s’en mettent plein les fouilles avec l’appui, bien entendu, de gaziers au pouvoir. Pourquoi se gêner. Ils sont tous représentés. Alors, quand un type tente de redistribuer les cartes dans le camp du sud, quand une nana du nord - l’ardente Isabel Puente - engage une partie de bras de fer avec la mafia tandis que les petites mains yankees sont à cran, ça patauge dans le capharnaüm. C’est dans ce Triple Crossing (frontière entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine) que vont se régler les différents. Pas trop fréquentable cette région. Un truc à éviter pour tes prochaines vacances avec les gosses.

Rotella, l’auteur journaliste, s’empare de ce qu’il maîtrise à merveille - cette situation géostratégique et merdique à la fois - et te refile une légion de personnages qui l’un enfile des perles, l’autre zigouille sans oublier les traîtres, les flics corrompus, les flics qui font de la résistance. Ainsi, tu ne vas pas échapper à cette sensation de docu-fiction bien mijoté, agrémenté de scènes hallucinantes, de meurtres déjantés mais aussi de confrontations en tête à tête entre des durs à cuire ou des amants aimantés.

Le début du roman est saisissant alors que tu vas te coller aux fesses de la police frontalière qui joue à cache-cache dans leurs gros 4X4 avec les migrants. Puis, tu seras balloté entre Mendéz le pur et Pescatore l’indécis, tout en prenant un bon cours magistral sur la schnouff et ses ramifications tentaculaires, tu vas accroître tes connaissances en matière de corruption et de violence aggravée et ainsi tu pourras te dire que « quand même, je suis bien peinard le cul posé sous mon parasol à mater les mouettes rieuses tout en sirotant mon Triple Sec.» Triple Crossing est un roman d’actions qui apportent son pesant d’informations à te glacer le sang s’il ne se déroulait dans un secteur aussi torride.

Note : 3,5/5

Mention : Si tu avais encore quelques raisons d’être optimiste, tu peux fermer le ban et plier les gaules, c’est cuit.

Titre : Triple Crossing ; 10/18 (Editions Liana Levi -2012) ; Parution : 09/13 ; 504 pages ; Traduction de l'anglais : Anne Guitton

Sebastian ROTELLA est grand reporter et vit aux États-Unis. Spécialiste des questions de terrorisme international, de crime organisé, de sécurité et d'immigration pour le Los Angeles Times puis pour ProPublica– une agence indépendante dédiée au journalisme d'investigation –, il a été finaliste du prix Pulitzer en 2005 pour ses reportages. Triple Crossing a été doublement sélectionné par le New York Times comme meilleur premier roman et comme meilleur thriller.

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