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ACTION... DIRECTE

Publié le par Bob

ACTION... DIRECTE

S’attaquer à un monstre consacré demande une solide culture. J’ai peut-être pas la carrure, tu m’excuseras... ou pas. Néanmoins, faisant fi du ridicule, je me génuflexe et prie Saint Polar de bien vouloir octroyer un passe-droit à mon modeste papier. Qu’importe, mon aveu de faiblesse n’étant pas rédhibitoire, j’ai la conviction que cette étape se devait d’être franchie. Manchette fut un défricheur, j’ai donc chaviré avec Nada dans les hardiesses de son style, de ses convictions.

Le groupuscule Nada est franchement porté sur l’anar et prépare le rapt de l’ambassadeur des Etats-Unis. Ils veulent du flouze et diffuser leur message. Ils réussissent leur coup mais y’a des dégâts collatéraux. Ils se planquent chez la coquine Cash. Mais on a filmé leur attaque ; ce qui fait l’affaire du détestable commissaire Goémond. Et, tu le sais, chez Manchette ça finit toujours plutôt pas bien.

En ouverture la lettre d’un policier ayant participé à l’attaque contre les Anarchistes plante immédiatement le décor. « ... Sérieusement, petite Maman, tu voudrais un pays sans police ?... »

C’est une immersion au sein de Nada à laquelle tu vas être convié. Des militants réunis pour une cause, des gars qui naviguent d’alliances en désaccords. Qu’il soit alcoolo, prof ou quelconque, ils se doivent d’agir. Action que l’auteur, au demeurant, excluait. « J'ai eu ce soir une discussion intéressante avec Melissa qui, de fait, pensait que mes personnages de desperados étaient en quelque mesure des « héros positifs » . J'ai taché de la détromper en exposant qu'ils représentent politiquement un danger public, une véritable catastrophe pour le mouvement révolutionnaire. J'ai exposé que le naufrage du gauchisme dans le terrorisme est le naufrage de la révolution dans le spectacle ». (Journal 1966-1974 - Manchette). En effet, Manchette savait ce qu’il voulait. Et il était un adepte du béhaviorisme. Prends ton dico et cogite un peu, ami lecteur. C’est ce que j’ai fait. Je laisse aux exégètes de gloser à l’envi. Ainsi, tu vas piger comment le chef de cabinet est si putanier avec Goémond, comment Treuffais se barre, comment le même Goémond donne l’ordre fatal. Si le roman fait vibrer les cordes des tensions sociales, des rapports de force, de la culbute des mouvements extrémistes vers le terrorisme, de l’application d’un terrorisme étatique, du collet au cou de la Presse, ce sont surtout les comportements homme à homme (et femme) qui prédominent dans ce contexte (très) particulier. Pas d’humeurs, pas de gnangnan, on est dans l’action... directe.

Chapitres courts, écriture à cru, c’est percutant mais sans racolage, sec comme un coup de trique. Ca roule, marche, engueule, doute, vitupère, regimbe avec des mots qui collent aux semelles. On est sur courant continu. Y’a des 2CV, des DS21, une Cadillac, des maquerelles, un monsieur Lamour, des CRS, un ancien Grand Maître de la Confrérie Druidique du Vexin, une 22 Long Rifle, un Lewis, un Bunker, ça fume des Française filtre, ça dit Ta gueule ! et Bordel de Dieu ! Manchette avance, avance et rien ne l’a jamais fait reculer. Je laisse à Cash les mots de la fin : « Je suis pour l’harmonie universelle, dit-elle, et pour la fin du pitoyable état civilisé. Sous mon apparence froide et apprêtée se cachent et bouillonnent les flammes de la haine la plus brûlante à l’égard du capitalisme technobureaucratique qu’a le con en forme d’urne et la gueule en forme de bite. »

Note : 4/5

Mention : J’ai lu ceci en quatrième de couverture « L’homme qui porte Balafre. Quand elles le croisent, les femmes devinent tout de suite qu’il a choisi la virilité sans concession. » Et je n’ai pas compris tout de suite. C’est une pub pour une Eau de toilette. Quand je te disais que je suis en dessous de tout. Fais-toi un Manchette, tu seras moins con.

Titre : « Nada » Gallimard ; Parution 1972 ; Série Noire ; 182 pages

Né en décembre 1942 à Marseille, Jean-Patrick Manchette tombe très vite dans le militantisme en luttant activement contre la guerre d'Algérie puis en rejoignant, au début des années soixante, les rangs de l'extrême gauche et des situationnistes chers à Guy Debord. Passionné par le jazz (tendance free), le cinéma, le polar américain, il commence à écrire des scénarios, notamment pour Max Pecas ou la télévision. Il entre en littérature avec Laissez bronzer les Cadavres et L'Affaire N'Gusto et révolutionne le polar français, plus habitué, à l'époque, aux gentils gangsters qu'à la critique sociale. Il est considéré comme l'inventeur du "néo-polar".
Jean-Patrick Manchette a également été le traducteur de Donald Westlake, a travaillé avec des auteurs de bandes dessinées (Jacques Tardi, entre autres, avec Griffu) ou pour le cinéma en participant à l'écriture de scénarios dans les années 80 (La Guerre des Polices, La Crime).
Il décède en juin 1995 à Paris des suites d'un cancer, laissant derrière lui une dizaine de romans et une influence prépondérante sur l'avenir du polar français. (Polarnoir.fr)

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Boris 14/07/2014 00:35

Oui, Balafre avec un ersatz de James Bond (beau mec en smoking) a orné les 4e de couverture des SN pendant des années.
Bon, c'était tout de même mieux que le banal bullworker qui pematteait avec un élastique de te faire une musculation d'enfer pour draguer sur les plages

bob 17/07/2014 14:53

Je l ai sur le Jonquet que je vais chroniquer bientôt ! Mygale. Excellent !

Boris 17/07/2014 00:06

Ça ne m'a jamais fait envie, ce genre de parfum ne m'attirait pas. Si j'ai le temps je te photographierai x couvertures de série noire de cette époque avec ce bellâtre en smoking. À force, on ne sent plus rien ;O)

Bob 16/07/2014 17:18

Boris, je reprends... je ne sais pas toi mais j'ai humé le parfum Balafre pendant toute ma lecture. C'est normal ?

Bob 16/07/2014 17:07

Boris, je ne sa

Un job d'enfer! 12/07/2014 11:54

Votre critique m'interpelle, non seulement pas le livre qu'elle présente, mais aussi par votre propre écriture, si plaisante à lire, vive, imagée, dynamique...

Bob 12/07/2014 21:50

Sandrine, je tutoie le lecteur car il me semble que nous sommes une grande famille et je tente ainsi de lui partager ce que l'auteur avait dans les tripes. Si j'ai réussi je continue. Amicalement.