Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

TROP BELLE POUR ETRE HONNETE

Publié le par Bob

TROP BELLE POUR ETRE HONNETE

Tu as dû te régaler avec « Un petit boulot » de Levison. Si ce n’est le cas, je te prierai de quitter les lieux. Ca cause d’un type en colère qui, pour toute réponse à son désespoir transformé en courroux, devient tueur à gages. Ce thème est de nouveau abordé par les Editions Liana Levi qui nous proposent le premier roman (paru en mai) de Franco Di Mare. On change de cadre, de ton, d’approche du personnage principal mais le pouvoir du gun fait toujours des dégâts dans la belle Napoli.

Carmine est dégouté. Il lorgnait sur une chaire de philologie romane à l’université Federico II de Naples. C’est mort. Il s’est fait niquer de belle manière. Le destin lui fait rencontrer Nicola un pote de jeunesse ayant goûté à la taule et à qui il doit vachement. Le gazier navigue dans le bouillon mafieux. Carmine sera tueur à gages. Léna, sa compagne prof, le croit dans l’informatique. Dommage. Il apprend vite avec Giuann le Fou. Mais le pouvoir du passé est tenace. Et la machine à flinguer connait des ratés. Le journaliste judiciaire De Matteo a des relations, des convictions (depuis le lycée) et un putain de flair. Ont-ils des raisons de se causer ?

« Voir Naples et mourir. » Il ne croyait pas si bien dire. Trop belle pour être honnête la garce Napoli ? Mais que font les innombrables saints protecteurs ? Je te le demande... L’auteur, il l’aime sa ville. Tu vas te balader sur le scoot de Lena et tu vas arpenter les flopées de via, de piazza, passer de l’ombre à la lumière, de l’harmonie au chaos, du paradis à l’enfer. Cette dissemblance est l’âme de la cité. La belle est (aussi) la bête. Mais il faut savoir l’apprivoiser pour se laisser séduire avant qu’elle ne te bouffe. Et c’est exactement ce que Di Mare parvient à faire dans ce troublant témoignage qui ne semble avoir de fictif que ce que l’on ne parvient pas à admettre. J’ai plongé dans le cyclope, ai brassé dans sa lave puis j’ai dévalé sa pente et j’ai humé les folles senteurs de la splendeur et de la perversion. Suis-moi.

Avec « Diables au paradis », tu vas basculer, dans les pas de Carmine, dans l’univers des familles mafieuses, de leurs quartiers - états dans l’Etat. Les rackets, les livraisons de paquet, les ‘na botta ‘nfaccia (balle dans la tête). Parsemée de dictons dans la langue napolitaine le texte au style aussi percutant que poétique va te faire prendre racine dans cette ville d’Art. « Corruptio optimi pessima, articula Marco. » « ... » « Corrompus, les meilleurs deviennent les pires, répéta le journaliste. » Qu’un futur prof agrégé devienne tueur à gages, cela ne va pas te choquer. C’est ainsi à Naples. Qu’une gamine pousse la chansonnette sous les hourras terrifiants de sa famille et devienne la meuf d’un caïd, cela va te sembler normal. C’est ainsi à Naples. S’appuyant sur le passé de certains personnages, l’auteur pimente leur présent. Carmine et son appartenance à une bande des rues avec Nicola. De Matteo, le journaleux, et son penchant pour la justice. Luisa, et son penchant pour Carmine. La trahison va ruiner les aspirations de Carmine et déclencher la fureur. On est sur le fil de la corde. Le faux pas est interdit. A Naples, on y vit, on y meurt, on y chante, on y tue. On l’admire, on la craint.

In fine se dégage de cette histoire napolitaine une force quasi occulte qui lui confère une indicible tension mêlant le trouble à la pâmoison, la tendresse à la brutalité. L’auteur manie sa langue sans parcimonie et s’avère être un cicérone plus que convaincant pour te conter Naples. N’oublie pas la petite pièce à la sortie.

En option, tu auras également un cours de cuisine. Tu vois, tu es gâté...

Note : 3,5/5

Mention : « Tu fais quoi cet été Bob ? « Devine... je vais me taper des petits poulpes à la cocotte. »

« Diables au paradis » Editions LIANA LEVI ; Date de parution : 05/05/2014 ; Traduit de l’italien par Marianne Faurobert; 288 pages

Franco DI MARE est né et a grandi à Naples. Longtemps correspondant de guerre pour la Rai, il a réalisé des reportages et des documentaires sur la mafia et le crime organisé. Auteur de nouvelles et de romans, il aime aussi passionnément la cuisine napolitaine.

Commenter cet article

blʌdʒən 07/06/2014 00:15

Salut,
Comment t'as su pour Levison ??? ...
Bon je le prends Franco di Mare avec sa cuisine napolitaine.
Bye