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LES LOUPS SANS HORDE

Publié le par Bob

LES LOUPS SANS HORDE

Question à cent balles : Qu’est-ce qui est suisse, italien, indien et russe et qui va se faire un paquet de flouze en tirant la carotte de tout ce qui bouge autour de lui ? T’as pas une petite idée ? Non, que dalle ? C’est le Dromos Gang ! Pendant que tu prends ton p’tit dèj’ qui va bien avec la tranche grillée de baguette fraiche et tout le toutim, il existe une espèce d’humains qui cogitent dur et prennent des contacts VIP qui vont leur permettre de dilater le ventre déjà plein de leurs coffres offshore.

Ce sont deux destinées qui vont se rejoindre... à Marseille. Celles du Dromos Gang et de Garrincha. La Bonne Mère, l’OM ils s’en tapent. Le premier se compose de quatre jeunots (indien, suisse, italien et russe), issus de familles pleines aux as, maîtrisant l’économie comme toi la tonte du jardin et décidés à profiter des nouveaux marchés (pognon sale et flux financiers). Le crime se pratique désormais avec le petit doigt levé. Ils vont se servir de ceux qui ont un doigt sur la gâchette et un autre sur la couture du pantalon. Le second, Garrincha, ex-flic, vit à Ciudad del Este au Paraguay, plaque tournante de tous les trafics. Ce n’est pas le Pôle Emploi du coin qui lui a permis de se reconvertir dans la bande organisée de Maidena. Il est ambitieux, certainement beaucoup trop. Dans la cité phocéenne, les membres du Dromos Gang et le sud-américain vont connaître les méthodes très particulières de Bourdet, la commissaire. Mais le caïd local, Armand Grisoni, veille au grain.

Ca démarre à Tchernobyl. Bonjour l’ambiance. Et ça fait mal aux miches. Le FSB (ex-KGB) est à l’ouvrage, la main-d’œuvre est exploitée, comme il se doit. Puis on file au Paraguay où les gangs décanillent à tout-va et... s’observent. Puis le Dromos Gang entre en action. Les Tontons Flingueurs c’est de la gnognotte à côté de ces insatiables aspirateurs de pèze. Du pipi de chat. Non seulement ils mondialisent les trafics dégueulasses (organes, produits irradiés) mais ils sont également cyniques et sans tabous. Des loups sans horde qui usent de la corruption, de leur savoir-faire, de leur bagout et tentent - pourquoi non - de profiter de la crise. Les quatre merdeux représentent le pire de ce que notre société peut pondre. Mais c’est sans compter sur Garrincha, l’arriviste gogol, qui bouffe dans toutes les gamelles pour dégoter la grosse galette, qui encrasse tout ce qu’il touche. Ils ont tous la même engeance, le pouvoir financier quoi qu’il arrive et par n’importe quel moyen illicite. Grisoni va devoir déployer tous ces atouts. Pour contrecarrer leurs desseins, la commissaire a compris qu’elle devait appliquer leurs recettes. Œil pour œil, dent pour dent. Tu vois un peu le topo.

Les personnages sont tous imprégnés par la politique du pire. Carlotto va te filer le bourdon et plaque cette sentence sur le billot: ils ont la mainmise et ce n’est pas près de s’arrêter. Cette nouvelle mafia va piquer le bout de gras des anciens. Mais les nervis russes, poulets limite limite, narcotrafiquants et banquiers zurichois sont toujours sur le pont. « Les loups sont dans la bergerie, je répète les loups sont dans la bergerie. »

Avec son style implacable et vigoureux, l’auteur fait péter l’addition. Roman brutal qui atteint sa cible. Zip ! L’ultra capitalisme a ouvert une fenêtre de tir. Légal et illégal trempent leurs culs dans la même bassine pour soulager leur voracité - « Bonjour, Monsieur le Ministre de l’Economie ! ». Les ogres ont la fringale. Va falloir se blinder les amis. Parfois (souvent) je me dis qu’on n’a pas le cul sorti des ronces.

Note : 4/5

Mention : Alors que les crève-la-dalle crèvent, les enfoirés s’engraissent. Grazie Massimo !

« Le souffle court » Editions METAILIE ; Date de parution : 03/04/2014 ; Titre original : Respiro corto ; Traduit de l'italien par Serge Quadruppani; 204 pages

Massimo CARLOTTO est né à Padoue en 1956.
Découvert par le critique et écrivain Grazia Cherchi, il a fait son entrée sur la scène littéraire en 1995 avec le roman Il fuggiasco (Le Fugitif, non traduit en français), publié par les éditions E/O, qui a obtenu le prix Giovedì en 1996. Depuis, il a écrit quinze autres romans, des livres pour enfants, des romans graphiques et des nouvelles publiées dans des anthologies. Ses romans sont traduits dans de nombreux pays; certains ont été adaptés au cinéma. Massimo Carlotto est aussi auteur de pièces de théâtre, scénariste pour le cinéma et la télévision, et il collabore avec des quotidiens, des magazines et des musiciens. En 2007, il est lauréat du prix Grinzane Cavour - Piémont Noir.

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