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LE MONSTRE QUI A UN PETIT COEUR QUI BAT

Publié le par Bob

LE MONSTRE QUI A UN PETIT COEUR QUI BAT

Après ma lecture du « Aimer et laisser mourir » de JOB, je poursuis ma cueillette de hardboiled avec « Le Cramé » sorti en 2012 (décidément je fais tout dans le désordre). Cette fois-ci, je pouvais imaginer qu’il lui était possible de créer Le Cramé mais pas une histoire aussi impensable, qui pourtant tient la route - avec des boudins atals* -, sans une seule fournée de vannes. Tu vas te taper du consistant. Un concentré de dérouillades à la sauce mornifle. Mais pas que...

Pas mignon, celui qui a refilé ces infos aux poulets. La bande à Gosta dit le Cramé - à cause d’une vilaine brûlure sur la tronche qu’on dirait un magret sur le barbeuc de Yan (clin d’œil à Blog Encoredunoir)- est cernée. Ce sont des pros du casse de tirelires*. Le chef va dérouiller sa race. Presque dead. Bingo ! C’est la taule mais il se fait la belle. Qui est le mouchard ? Pour dégoter son nom, il change de peau - non pas par l’opération du Saint-Esprit mais par celle d’un talentueux manieur de scalpel - et enfile le costard d’un taulier récemment nommé et mis au chaud par ses propres soins. Dans la Grande Maison, il fait la connaissance de son équipe et reçoit une maman éplorée. Son petiot a disparu. Kidnappé, elle en est sûre. Le Cramé part à sa recherche au galop comme un clebs qui aurait reniflé de la schnouf. Pan, dans le mille ! Dans la Cité. Là où y’a de la schnouff. Et c’est ainsi qu’il entre dans la danse de la folle violence dans un lugubre ballet... rose.

Si j’avais été surpris par la débauche de massacres avec le Maudit après quelques lectures beaucoup moins musclées, je dois avouer la main sur le cœur - je le jure sur le dernier Pif Gadget - que j’ai pris un bon panard avec Le Cramé. L’auteur semble s’épanouir avec ses histoires de vilains truands qui ont été façonnés par son indéfectible passion pour les pellicules des années 70. « Jacques-Olivier, il faudra que tu m’avoues que ton petit rêve secret est de découvrir tes œuvres au cinoche... Me trompé-je ?»

Les amitiés viriles n’y figurent pas comme des clichés de baltringues. Elles assouvissent leurs pulsions à grand renfort de je-suis-prêt-à-clampser-pour-toi, de confiance réciproque, de transmission des savoirs, d’intégration et de vie de groupe. Cependant, ils ont signé, souvent avec leur sang impur qui n’abreuve pas les sillons mais plutôt les trottoirs qui bordent les agences de banque, le Code d’Honneur. Les faiblesses sont à bannir. Les faibles zigouillés. On est des durs. Le Cramé en est un, son archétype (non, le Cramé n’a pas les guiboles Renaud). Il est craint de tous en se forgeant cette réputation d’Indestructible par des actes déments. Autant dire que sur cette affaire qui introduit le roman, où certains y ont trépassé alors que Le Cramé en réchappe de justesse, l’indic va avoir mal aux miches. Tout comme les gaziers qui vont se trouver sous ses semelles cloutées lors de son enquête pour retrouver le gosse. Car Le Cramé, en habit de flic, en bon commissaire, nous surprend. Un comportement compassionnel étonnant. Gosta aurait-il des failles ? Sa réaction en découvrant le mouchard en est-une preuve indéniable. C’est dans ce registre que l’auteur va te taquiner la conscience en soulevant le voile du monstre-qui-a-un-petit-cœur-qui-bat. Avec ses méthodes de gangster et donc pas toujours catholiques qui surprennent forcément ses équipiers, Le Cramé va brandir le glaive. Tu vas le sentir passer, je te le dis. Dans le quartier des hautes tours où la merde qui pue se mêle à la merde qui tue. Excréments et drogue. Où est le gosse ? Et cette sensation terrible de maudire la macabre pédophilie. Dans le finish magistral, Gosta se délivre et c’est désarmant. Un bien pour un mal ?

JOB avec son tempo d’enfer, plus assourdissant qu’un concert de Heavy Metal, dégaine. Tu vas plonger. Pour te sentir transporté par la masse mouvante. Le solo de Gosta va te choper par les baloches (désolé les filles j’ai pas le mot pour...). JOB est tout puissant.

* Atal (de l’occitan) : ainsi, tel, comme ça.

* Tirelire : banque

Note : 3,5/5

Mention : Bon les baloches, j'aurai pu m'en passer, je sais, mais c'est la faute à Jimmy Gallier. Fallait pas le faire signer...

« Le Cramé » Editions JIGAL ; Date de parution : Février 2012 ; Format Poche ; 376 pages

Jacques-Olivier BOSCO JOB pour les intimes, est un enfant de la Méditerranée. Le grand-père, un peu communiste, un peu journaliste, a quitté Palerme dans les années trente : on dit qu’apprenti barbier, il aurait coupé, en le rasant, un mafioso local, d’où la fuite vers l’Algérie… Ça commence fort dans la famille ! Les parents sont nés à Alger et le reste de sa famille est niçois, bien qu’à moitié italien et un peu espagnol ! Allez comprendre ! De la banlieue sud à l’Océan Indien, JOB a bourlingué un peu partout… Tour à tour plongeur, barman, scénariste, régisseur, JOB se retrouve un jour sur une plage paumée où il tient un snack et rencontre son idole, José Giovanni qui, après avoir lu ses premiers écrits, l’encourage et le conseille. Plus tard, il sera cuistot, restaurateur ou technicien dans l’aéronautique… Avec depuis toujours cette furieuse envie de coucher sur le papier des histoires destinées à vous rendre insomniaque ! En trois romans, il a su imposer son style vif, tranché, violent qui laisse tout le monde sur le carreau ! De là-haut, Giovanni veille sans doute au grain…

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