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DEPUCELAGE RADICAL

Publié le par Bob

DEPUCELAGE RADICAL

J’ai de nouveau lorgné du côté des latinos avec un autre Ombres Noires. ¡Hola amigo! L’auteur a du vécu (voir la courte bio à la fin), ce n’est pas un minot qui sort son énième pavé d’1 kg. Molfino en moins de 300 pages va t’assurer un « Circuit Western en Argentine» sans le bus, sans les chiottes dedans et sans les mémés qui chantent, les yeux larmoyants, du Franck Michael.

Dans les années 60. Miroslavo Hordt campe sur son toit comme un guetteur prévisionniste de Météo France à l’affût du retour du printemps. Un véhicule approche de la ferme. Deux hommes entrent. Il va découvrir ses parents au sol. Il fait un trou, les met dedans et tape le stop. Hansen l’embarque. Providence, il a besoin d’un associé pour son trafic d’armes. Et puis il y a Maciel, l’avocat douteux qui prépare une attaque à main armée. Très armée. Et puis il y a Vellarde, le flic ripoux voire plus si le cœur lui en dit, qui gère les affaires avec autant de délicatesse qu’un Tyrannosaurus affamé. Miro n’a pas le cul sorti des ronces.

On est dans la Province du Chaco, région paumé de chez paumé. Tu imagines un peu l’ambiance festive pour le jeune Miro, un peu gogol, frappé d’hallucinations, fils de paysans à Estero Del Muerto, la bien nommée. Faut dire qu’il est plutôt mal accompagné avec ce père méprisable qui lui assène « Dieu nous a placé dans la partie de son cœur qui lui sert à haïr...C’est pas que ce soit bien ou mal, c’est comme ça, un point c’est tout. » Sa famille s’est faite plumer par le voisin prêt à tout pour agrandir son domaine. Les gros bouffent les petits, souvent, toujours. Il a pigé Miro, le garçon un peu barré et il se barre, et il va enfin pouvoir construire sa vie en découvrant l’amour (avec Lucrecia, la douce et imposante pute), la liberté (adieu papa), la violence (avec l’étrange Hansen). Alors que l’on assiste à ce dépucelage radical, la terreur est à son comble. N’oublie pas ami lecteur que nous sommes en pleine période de dictature argentine. Le petit peuple, la lie baigne dans la pauvreté, la corruption, le désordre, le sang. Et ce n’est pas avec l’inspecteur Vellarde, pourri jusqu’à l’os, que la situation va s’améliorer.

Molfino, sans nous servir des relents lourdingues de son passé, fonce à tombeau ouvert avec son écriture à la schlag, mais aussi très descriptive et cinégénique avec la cocasserie de certains films de série B. « Monstres à l’état pur » est un rodéo dans une arène surchauffée. Miro va-t-il se faire éjecter et aplatir par les bestioles enragées ?

Trois niveaux de lecture pour cette conclusion. A toi de choisir la bonne :

petit1/ Le premier roman d’un auteur qui force le respect tant il maîtrise son sujet en ne sombrant pas dans la noirceur extrême grâce aux nuances de son style. petit 2/ Le first truc d’un mec qui déchire et il assure grave au niveau des mots sans te balancer du lourdingue parce que, je te dis pas, il est finaud le gazier. petit 3/ Il a pissé sa première copie à la régulière faut dire que c’est un costaud qui fait pas dans l’imbuvable et c’est pas le genre à troufignoliser l’adjectif.

J’attendais la fin du roman où tous les protagonistes doivent se retrouver pour un ramdam pyrotechnique du feu de Dieu. J’en ai encore les oreilles qui sifflent.

Note : 3,5/5

Mention : Diablement captivant et surprenant. Décidément, je vais finir par devenir accro au latino style et j’encourage les Editions Ombres Noires à poursuivre leur quête...

Titre : «Monstres à l’état pur» 2013 Ombres Noires Traduit par Christilla Vasserot 288 pages

Miguel Ángel Molfino est né en 1949. Membre actif d’une organisation de guérilla de gauche, il a été détenu comme prisonnier politique du temps de la dictature. Exilé au Mexique durant plusieurs années, il vit aujourd’hui dans la région du Chaco et se consacre à l’écriture. Il est aussi l’auteur de recueils de poèmes et de nouvelles. Son premier roman, Monstres à l’état pur, a été finaliste pour le prix Memorial Silverio Cañada, du festival Semana Negra du roman policier en 2011. Un documentaire sur sa vie est en cours de réalisation en Argentine.

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The Cannibal Lecteur 09/11/2015 20:56

Faudra que j'me l'fasse fissa !

Bob 10/11/2015 23:16

Tu l'as fini ?

Bob 11/03/2014 23:49

Salut Blud ! C'est pas Crews ni Peace. La forme est succulente, le fond enthousiasmant. Et puis faut pas déconner, c'est une note d'encouragement au petit Molfino (63 balais) ! A plus !

blʌdʒən 11/03/2014 19:50

Salut,
Trois cinq pour une présentation saignante à point. On se demande à quoi va ressembler un cinq. Merci pour le partage. Je prends... Blud